Maître de conférences à l'Institut royal de formation des cadres La question de la soutenabilité économique des stades est au cœur des grands événements sportifs. Maître de conférences à l'Institut royal de formation des cadres, Soufiane Nakri analyse les conditions de rentabilité de ces infrastructures. Diversification des usages, gouvernance et partenariats public-privé figurent parmi les leviers clés. Un débat crucial à l'approche des grandes échéances sportives au Maroc. À partir de quel seuil de fréquentation annuelle ou de nombre d'événements un stade devient-il réellement soutenable économiquement, indépendamment des subventions publiques ? La soutenabilité économique d'un stade dépend de plusieurs facteurs, à savoir la taille du stade, les coûts d'entretien, les revenus générés et la nature de l'évènement accueillis. Généralement, un seul stade doit accumuler un minimum entre 20 et 30 évènements non sportifs par an, soit l'équivalent des matchs de foot de la Botola Pro. Il est clair que les compétitions sportives ne suffisent pas à rentabiliser les stades. Pour cela, il est nécessaire d'établir un plan prévisionnel étalé sur une année pour commercialisation qui inclut des concerts, spectacles, congrès et foires. La location d'espace pour des évènements privées peut également générer des revenus supplémentaires. En revanche, cette diversification nécessite une flexibilité des stades permettant la création d'espace adapté à chaque type d'activité. Par exemple, un dimanche peut accueillir un match de foot, tandis qu'un concert ou un spectacle peut se tenir le lendemain, ce qui nécessite des équipes spécialisées pour garantir cette modularité. À propos de la gouvernance des stades. Faut-il aller vers des structures de gestion autonomes, proches des modèles anglo-saxons, ou maintenir une gestion publique ? Pour ce qui est de la gouvernance des stades, il faut savoir qu'une nouvelle politique a été mise en place à travers la création de sociétés régionales afin de gérer ces installations sportives. Et cela concerne toutes les régions qui vont accueillir la Coupe du monde. La mise en place des partenariats publiques privés (PPP) sont nécessaires pour la gestion, l'entretien et l'animation des évènements non sportifs. Les structures privées spécialisées dans l'évènementiel peuvent être plus agiles afin d'adapter les évènements et les offres aux tendances actuelles. Ce qui peut réduire, in fine, la charge financière. Le naming rights est souvent présenté comme un levier potentiellement intéressant, mais est il réellement adapté aux réalités locales ? Le Naming Rights est une technique de rentabilisation fortement utilisée aux Etats-Unis et en Europe. La vente de ces droits d'appellation peut aider à financer la gestion des stades pour assurer la viabilité financière de l'évènement. En revanche, ce concept est encore relativement nouveau en non répandu au Maroc. Il y a également un vide juridique concernant le Naming rights dans le domaine sportif. A cela s'ajoute le pouvoir d'achat des entreprises marocaines qui n'est pas encore au niveau de celui des entreprises internationales. Un pays doit-il accepter que certains stades ne soient jamais pleinement rentables, sous prétexte qu'ils incarnent un rôle territorial, voir symbolique ? Comment vous intégrez cette réalité dans une évaluation économique ? Un stade peut jouer un rôle significatif dans la cohésion sociale, la promotion de l'activité physique et le développement culturel. C'est le cas de la CAN 2025 organisés au Maroc, au-delà des retombées économiques, l'ensemble de ces stades ont laissé un héritage et un ancrage territorial important. Cet aspect social constitue un capital immatériel. En revanche, une approche qui combine la dimension économique et non économique est nécessaire pour assurer la durabilité et la rentabilité des stades au Maroc. A.I. / Les Inspirations ECO