Professeure permanente – Faculté de commerce et de gestion, Université internationale de Casablanca La volonté de l'Etat marocain de s'inscrire dans une nouvelle ère de digitalisation et de numérisation commence à se faire sentir sur quasiment l'ensemble des secteurs d'activité. Les banques ont participé à cette tendance rendue plus facile avec l'implémentation des outils d'Intelligence artificielle (IA), donnant ainsi naissance à la banque mobile et provoquant la fermeture d'un certain nombre d'agences. Il s'agit d'un service qui permet au client de régler ses transactions, de consulter son solde et même de demander un crédit en ligne sans devoir se déplacer ou se ruer vers les guichets bancaires. Cette nouvelle mutation permet au secteur bancaire de minimiser les coûts supportés. Par ailleurs, ces services numériques participent également à l'amélioration du taux de bancarisation au Maroc. En ciblant une population jeune, fortement connectée et habituée à l'usage des technologies numériques – notamment la génération dite «Gen Z» – les banques parviennent à rendre leurs services plus accessibles et plus attractifs. Les solutions de paiement digital et les applications mobiles contribuent ainsi à intégrer progressivement une part plus importante de la population dans le système financier formel. Sur le plan économique, l'usage de ces services permet de réduire la quantité de monnaie en circulation. En ayant davantage recours à la monnaie scripturale, l'Etat sera capable, grâce à la traçabilité des transactions, de renforcer la transparence financière et de lutter contre l'économie informelle. Les autorités de régulation arriveront aussi à mieux contrôler le taux d'inflation. La valeur de la monnaie s'améliorera ainsi que le pouvoir d'achat des agents économiques qui aura tendance à augmenter, garantissant ainsi l'efficacité des politiques monétaires adoptées. Dans cette logique, la Direction générale des impôts (DGI) a été même amenée à imposer un taux de 0,25% de droit de timbre sur les paiements en espèces pour inciter les agents économiques à privilégier les autres moyens de paiement, comme le chèque ou le virement. Néanmoins, malgré le développement de la sphère financière et l'expansion de l'activité du e-banking, les automobilistes marocains continuent toujours à assurer le règlement de leurs amendes de circulation en argent liquide, en espèce ou via les agences de Tasshilat. Ne serait-il pas temps de faire disposer la Sûreté nationale des terminaux de paiement électronique (TPE) ? Il semble pour le moins paradoxal que le Maroc suive cette tendance de digitalisation des services publics tout en omettant de mettre en place les mesures nécessaires pour le paiement des amendes lors des contrôles routiers. Le recours à ce moyen de paiement réduit le temps alloué pour le traitement, garantit une traçabilité des transactions et limite les risques d'erreur, notamment si l'Etat réussit à relier les différents services entre eux. Pourtant, cette réflexion autour des TPE a bel et bien été menée récemment par le ministre de l'Intérieur, souhaitant adopter une stratégie de modernisation des services publics en alignant la gestion des amendes routières avec les standards numériques. Néanmoins, son entrée en application risque de prendre plus de temps que prévu du fait de la complexité du déploiement des TPE dans un système multicanal. Conscient de cette situation, la NARSA, en coordination avec la Trésorerie générale du royaume (TGR), a décidé de réaliser une étude pour tester la faisabilité du projet. Les administrations au Maroc n'opèrent pas en étroite collaboration. Chacune d'elle suit une logique différente pour répondre à ses propres besoins. Une fragmentation organisationnelle entre les différentes institutions, comme la police, la gendarmerie, le Trésor public et la NARSA, persiste toujours. L'absence d'un système d'information intégré entrave une bonne gouvernance numérique interinstitutionnelle, et ce, d'autant plus que certaines administrations disposent de capacités technologiques avancées comparées à d'autres qui continuent à exercer leur activité d'une manière traditionnelle. Outre le manque de moyens et la résistance au changement, l'absence d'un cadre réglementaire solide accentue cette fragmentation. La mise en place de nouveaux dispositifs numériques doit s'inscrire dans un cadre réglementaire clair et sécurisé. La question de la valeur juridique des transactions électroniques, de la responsabilité administrative en cas d'erreur technique ou encore de la protection des données personnelles constitue un enjeu important pour les pouvoirs publics. L'absence d'un cadre normatif pleinement harmonisé peut ainsi inciter les administrations à adopter une approche prudente dans l'introduction de nouveaux outils technologiques. Ainsi, si le Maroc s'est engagé résolument dans une dynamique de transformation numérique, cette évolution ne se réalise que de manière progressive. La modernisation des services publics ne dépend pas uniquement des technologies disponibles, mais aussi de la capacité des institutions à coordonner leurs actions, à adapter leurs cadres juridiques et à accompagner les agents comme les citoyens dans cette transition digitale.