L'ONG Avocats sans frontières lance un appel à manifestation d'intérêt destiné aux associations marocaines. Doté d'une enveloppe de près de 800.000 dirhams, le dispositif vise à soutenir des initiatives locales en matière d'aide juridique, d'accompagnement social et de plaidoyer pour les groupes marginalisés. Une opportunité pour consolider le maillage associatif et contribuer à une protection plus effective des droits fondamentaux. Au Maroc, l'accès à la justice reste un parcours semé d'obstacles pour les personnes en situation de vulnérabilité. Discriminations, stigmatisation sociale, dispositifs d'aide juridique fragmentés, les freins sont nombreux. C'est pour y répondre que l'ONG Avocats sans frontières (ASF) lance un appel à manifestation d'intérêt à destination des associations marocaines, avec le soutien du Bureau de la démocratie, des droits humains et du travail (DRL). Doté d'une enveloppe globale de 786.177 dirhams, ce programme financera quatre projets locaux, à hauteur de 150.000 à 200.000 dirhams chacun, dans les domaines de l'accompagnement juridique et social, du renforcement des capacités, du plaidoyer et de la gouvernance participative. L'objectif est de créer un système d'orientation efficace et durable pour les populations les plus marginalisées, tout en favorisant l'émergence d'une véritable communauté de pratique entre acteurs institutionnels et associatifs. Un constat partagé Les avancées législatives et institutionnelles des dernières années n'ont pas effacé les progrès inégaux de l'accès à la justice au Maroc. Les personnes en situation de vulnérabilité (femmes victimes de violences, migrant.es, minorités, personnes en situation de handicap, personnes souffrant de troubles mentaux ou vivant dans une précarité extrême) se heurtent à des obstacles multiples. La persistance de discriminations structurelles, la stigmatisation sociale et la fragmentation des dispositifs de soutien juridique et psychosocial aggravent leur isolement et réduisent leur capacité à faire valoir leurs droits. L'initiative d'ASF s'inscrit dans une dynamique de renforcement des mécanismes de soutien juridique existants et de mise en réseau des organisations de la société civile. L'appel à manifestation d'intérêt entend ainsi identifier et accompagner des associations locales et régionales souhaitant développer des actions concrètes en faveur de l'accès à la justice et de la protection des droits humains. Les projets retenus bénéficieront non seulement d'un financement, mais aussi d'un appui technique et méthodologique continu, afin de renforcer les capacités des acteurs impliqués en matière d'accompagnement juridique, de plaidoyer et de dialogue avec les décideurs publics. Quatre domaines d'intervention pour une approche intégrée Au-delà du seul financement, l'appel à manifestation d'intérêt ambitionne de créer une «communauté de pratique» réunissant les organisations de la société civile bénéficiaires et les acteurs institutionnels. L'objectif est de favoriser l'échange d'expériences, la capitalisation des pratiques prometteuses et le développement d'un plaidoyer territorial et national cohérent. En soutenant ces initiatives, le projet entend contribuer durablement à l'évolution des politiques publiques, des comportements et des attitudes, en phase avec les orientations nationales en matière de justice sociale, de gouvernance participative et de respect des droits humains. L'appel s'adresse aux associations marocaines répondant à trois critères cumulatifs : être une association marocaine légalement constituée, justifier d'une durée d'existence officielle d'au moins deux ans, et être active sur le territoire national, régional ou local. Les candidatures doivent être soumises avant le 5 avril 2026. Sur le fond, les projets éligibles devront s'inscrire dans l'un ou plusieurs des quatre domaines d'intervention définis par l'appel, tous articulés autour d'une approche intégrée et inclusive, centrée sur la dignité humaine, l'égalité et la participation citoyenne. Le soutien direct et l'accompagnement juridique et social constituent le premier volet. Ils visent à offrir une prise en charge globale et adaptée aux besoins des personnes vulnérables. Cela va des dispositifs de proximité pour l'accueil et l'orientation, à l'assistance juridique et parajuridique et le soutien psychologique, en passant par l'accompagnement médico-social, ainsi que l'aide à la réinsertion économique et sociale. La priorité est donnée aux populations les plus marginalisées. Deuxième pan: le renforcement des capacités des acteurs de l'accompagnement juridique. Il s'agit d'améliorer les compétences et les outils des organisations de la société civile, avocats, travailleurs sociaux et autres parties prenantes, à travers des formations, le développement d'outils pratiques pour l'orientation et le suivi, la mise en réseau des centres d'écoute, et un appui méthodologique pour renforcer les capacités organisationnelles et stratégiques des associations. Le troisième domaine est celui du plaidoyer, de la sensibilisation et de la réforme des politiques publiques. Les projets pourront inclure l'analyse et le suivi des politiques publiques, la production de notes de plaidoyer, la collecte et la documentation de données relatives aux obstacles rencontrés par les groupes vulnérables, des campagnes de sensibilisation, l'organisation de forums et de tables rondes multi-acteurs, ainsi que le renforcement des capacités des associations locales en matière de plaidoyer et de communication stratégique. Enfin, le quatrième domaine touche à la gouvernance locale, la coordination et la participation citoyenne. Les initiatives devront contribuer à renforcer la coopération territoriale et la gouvernance participative autour des enjeux d'accès à la justice. Sont éligibles la création et l'animation de plateformes locales ou régionales, la promotion de l'accès à la justice comme enjeu transversal dans les plans de développement territoriaux, la participation active aux mécanismes de démocratie participative (pétitions, consultations, budgets participatifs, instances consultatives), la capitalisation et la diffusion des bonnes pratiques locales, ainsi que la constitution de systèmes d'information partagés et d'outils de suivi participatif. Notons que l'appel encourage les porteurs de projets à intégrer des approches transversales et inclusives. La promotion de l'égalité de genre et de la diversité, l'inclusion des personnes en situation de handicap, des migrant.es et des minorités, la mobilisation des outils numériques pour le suivi et la communication, l'expérimentation de formes d'innovation sociale et communautaire, ainsi que la mise en place de mécanismes d'évaluation participative sont autant de dimensions valorisées.