ABI, filiale du Groupe marocain BCP, accompagnera l'Etat et les entreprises nigériens    L'AMDIE promeut la filière du textile technique à Francfort    Salon Viva Technology. Quid de l'offre Maroc ?    Aéroports du Maroc : Plus de 2,3 millions de passagers en avril    Prix des carburants. Le plafonnement des marges réactivé    Projet de loi organique sur la grève. Les syndicats listent leurs "préalables"    US – Iran : Téhéran minimise les risques de conflits malgré les menaces américaines    Les sans-papiers protestent à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle    Le WAC évite la catastrophe dans un temps additionnel    Real Madrid. Kroos reste    Vente illégale de boissons alcoolisées et immigration clandestine : Une ressortissante subsaharienne arrêtée à Rabat    La Chambre d'agriculture de Draâ-Tafilalet primée en Tunisie    Edito : INDH évolutive    ''Avengers" se fait doubler par ''John Wick'' sur le box-office américain    Victoire pour le RSB Berkane    Vidéo – Coupe de la CAF : Le RSB marque un magnifique but dans le temps additionelace au Zamalek    Le "biz-Hoeness model" gagnant du Bayern    La sélection marocaine féminine de boxe remporte le tournoi international du Gabon    Divers    WhatsApp attaqué par Pegasus    Projets d'extension de la SOMACA et de création d'un Institut de formation aux métiers de l'automobile à Casablanca    Mohamed Jalid Les intellectuels marocains ne sont pas suffisamment ouverts sur les médias !    Et si notre amnésie était dégénérescente… ?    Ramadan et diabète riment obligatoirement avec des dispositions spécifiques    Ces Marocains dits de la 3ème et de la 4ème générations Tiraillés entre l'identité revendiquée et celle attribuée    L'humoriste Bassou offre un spectacle captivant au public r'bati    Meknès abrite son premier Festival international du film arabe    Egypte: Près de 17 blessés dans l'explosion d'un bus touristique    Caire. Au moins 17 blessés dans une explosion visant un bus de touristes    Procès de l'attentat d'Imlil    Fondation Mohammed V pour la Solidarité    OMS    5ème édition du Festival "Aji T'hdm"    SM le Roi Mohammed VI autorise l'ouverture de 20 nouvelles mosquées    Bilan de mi-mandat, les non-dits d'El Othmani    Une délégation de la Direction du PPS au Mausolée Mohammed V    Vigilance et mobilisation!    Washington dans le bourbier vénézuélien…    Aziz Lahlou: «Aziz Belal, économiste du socialisme»    Le concert de la tolérance d'Agadir tend à disparaître?    Amina Rachid, La soldate des planches    Olk Werner à la tête des Lions pour 2 rendez-vous sans gloire    Hamid Bennani, le cinéaste accompli…    Les Pays-Bas remportent l'Eurovision 2019    La Fondation Mohammed VI des Oulémas Africains lance son site web    L'Observatoire marocain de lutte contre le terrorisme et l'extrémisme commémore le 16 mai    Nouveaux membres et nouvelle vie pour les amputés du Soudan du Sud    Poussée attendue des populistes à J-6 avant le coup d'envoi des Européennes    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Savoir et comprendre la poésie de Luisa Futoransky
Publié dans Le Soir Echos le 11 - 10 - 2011

Je n'aurais donc jamais écrit la moindre phrase d'accueil et de salut à l'une de mes lectures de poésie dans laquelle j'aime replonger, éprouvant à chaque fois le sentiment de retrouvailles nécessaires ? Me saisissant à nouveau de ce livre d'à peine quarante pages que je possède depuis plus de vingt ans et dont je ne me suis jamais séparé, j'éprouve aussitôt ce vif sentiment d'adhésion qui fait tout le prix de la poésie lorsqu'elle surgit en interlocutrice et tient compagnie à nos questions sans autre réponse possible que la poésie elle-même.
Luisa Futoransky vit son recueil Partir, digo traduit en 1985 par Françoise Campo, aux éditions Actes-sud, sous le titre Partir, te dis-je. Cette poétesse argentine, qui habite Paris depuis des lustres, avait publié en 1984 un récit drolatique et mystérieusement grave Chinois, chinoiseries (Actes-Sud) dans lequel ses pérégrinations pékinoises nous étaient contées à partir de son activité de speakerine à Radio-Pékin, en langue espagnole. Je ne possède plus, hélas, mon exemplaire de ce livre, mais c'est comme si je l'avais sous les yeux : un récit où l'humour est la politesse de l'exil, un précis de dépaysement intérieur, fin et sensible, loufoque et franc, mélancolique et gai comme un pinson, une confession faite à soi-même, la quête avide d'une forme de désabusement enthousiaste devant les farces et la force de la vie, avec toujours sous-jacent, l'écho impossible à étouffer des suffocantes tragédies collectives. Il y a cependant quelque chose de subtilement victorieux dans l'écriture de Luisa Futoransky, un paradoxe entêté et vibrant, une révolte volatile qui revient nous hanter, la marque ineffaçable du savoir que tout sera effacé.
Luisa est un personnage de lutteuse gourmande dont les combats avec la phrase ne portent jamais la marque d'une arrogance creuse ou d'une pensée veule. C'est quelqu'un qui sait regarder la vie en face et déchire silencieusement, avec des délicatesses de funambule, un rideau de larmes et d'alarmes jusqu'au moment où son rire va poindre. Dans la vie. Mais la poésie, c'est autre chose que la vie, à moins que ce ne soit, tout simplement, le seul avis audible sur la vie. Retrouvez donc Luisa Futoransky, venue de la pampa, en ce restaurant d'Ekoda : « On m'a servi le poisson qui palpite encore/ et ce n'est pas illusion de mon délire / on l'a découpé en fines lamelles avant de lui placer/ sur le cœur un tout petit chrysanthème/ les fleurs et les algues dilatent son agonie / car la vie, me semble-t-il, souvent tarde à s'éloigner / mais n'étant pas de la race des vainqueurs/ je n'ai jamais savouré le sang des vaincus ».
Les poèmes japonais de Partir, te dis-je ne peuvent pas refouler longtemps au loin le pays natal de Luisa Futoransky : « kayabuki, une sorte de maison japonaise / qui se penche à la fenêtre de certains trains/ me renvoie aux ranchos de mon pays/ et dans ces lointaines constructions / où le vert est frontière de lui-même/ je bredouille : pampa, pampa, la pam-pa. / Il faudra sans faute que j'apprenne la technique orientale/ pour ne pas montrer la trame de l'amour ou de la peine / qui débordent en moi. »
Heureusement, il y a un tigre dans le moteur poétique : « le tigre s'allonge / rugit afin d'aimer ses propres poumons ». Et une question : « Pourquoi donc n'ai-je jamais parlé / les langues du pays où j'ai vécu ? » De fait, Luisa Futoransky parle français en cascade veloutée et rugueuse, l'espagnol argentin sertissant la bourrasque de ses phrases.
Avec tout ça, la tendresse demeure la grande énigme résolue par le poème. Regardant les autres, Luisa Futoransky convoque son propre reflet. Elle dessine le profil perdu et retrouvé de l'absence et de la présence au monde. Voici l'envoi d'un poème japonais : « Le père coud des kimonos/ la mère est coiffeuse. / Masatsugo joue d'un tambour appelé taiko / et dort à même le plancher de la boutique./ La mère en pleurant lui a dit hier de cesser de jouer / qu'il devait gagner sa vie d'une autre manière. » Le vers final affirme : « Le plus beau en lui, c'est que même endormi il sourit. » Ce sourire-là n'est pas celui de Masatsugo mais le sourire du « jeune chien Tango ».
Il m'arrive de regretter que Luisa Futoransky soit arrivée trop tard au XXe siècle pour être lue par Jules Supervielle, merveilleux poète né en Uruguay et dont les œuvres sont désormais publiées dans un volume de la collection La Pléiade. Je crois que tel vers de Luisa aurait pu chanter sur une page de Supervielle : « Mon cœur a brouté dans toutes les prairies du monde. »
Où ai-je lu plus troublante suggestion que celle-ci : « les mots comme un couvre-feu/ comme un substitut de la vérité, capable d'être prolongé » ?
Alors, quoi ? « J'ai tant résisté à ce qui est simple, j'ai mis si longtemps / à libérer les pois de leur cosse / dans le creux de ma main il y a trois pois, trois pois verts, tendres et sans destin : l'un sert à savoir, l'autre sert à comprendre, le dernier à oublier savoir et comprendre. »


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.