Lutte contre la criminalité: La DGSN démonte les fake news    Suivez en direct le derby milanais: Ac Milan vs Inter    Tanjazz racheté par Jazzblanca    Remaniement ministériel: Mohammed VI reçoit El Othmani en audience    Meknès: arrestation de deux frères pour transfert de fonds à des combattants en Syrie et en Irak    Khalid Safir: "La fiscalité locale marocaine aux mêmes standards que dans d'autres pays"    La DGST rejette l'authenticité de deux documents qui lui sont attribués    Quasi-stagnation de l'indice des prix en août selon le HCP    Karina Sebti, nouvelle DG de Management de transition en France    Résultats financiers : Auto Hall tire son épingle du jeu en S1    Un atelier clandestin de fabrication de sacs plastiques démantelé à Mohammédia    10 millions d'écoliers, élèves et étudiants au Maroc    Japon: Pas de procès pour Ghosn avant avril 2020    BMCE Bank Of Africa dément les allégations fallacieuses de Maghreb Confidentiel et Afrique Intelligence    Mariage des mineures: Comment en venir à bout?    Brèves    Remaniement : le RNI reste dans le prochain gouvernement    Le Maroc participe à une grande opération de l'Interpol    Eclairage à Rabat sur les vertus de la médecine traditionnelle chinoise    Zidane face aux vents contraires après son pire naufrage au Real    Ligue Europa : Arsenal, Man United et Séville frappent d'entrée    Pour le Onze marocain, le chemin de Yaoundé passe en premier par Blida    Les dindes de Tnine Chtouka !    L'EMSI organise le 4ème Congrès international SysTol    Très chère 2M ! "La deuxième chaîne nous rassemble" Peut-être bien, mais à quel prix ?    Habib El Malki s'entretient avec le directeur du FNUAP pour la région arabe    Contrôle politique et autonomie des organismes publics    Divers    Tension au Congrès autour du signalement d'un lanceur d'alerte impliquant Trump    Insolite : Plus de jours fériés    U2 en concert en Inde    Les incroyables révélations de Sinéad O'Connor    L'hologramme de Whitney partira en tournée en 2020    Tension au Congrès autour du signalement d'un lanceur d'alerte impliquant Trump    Raja-Hilal Al Qods : Deux joueurs empêchés par Israël de jouer au Maroc    Il fait l'actu : Mohamed Karim Mounir, PDG de la BCP    Vidéos. L'Espagne célèbre la journée mondiale de la Paella    Alerte météo : Averses orageuses localement fortes avec chute de grêle et rafales à partir du vendredi dans plusieurs provinces    Eliminatoires CHAN 2020 : Maroc-Algérie, une confrontation fratricide à Blida    Tarik Sektioui, nouvel entraîneur de la Renaissance sportive de Berkane    Le Festival Oasis 2019 comme si vous y étiez !    Premières Assises nationales du Développement humain    Statistiques du Haut-commissariat au plan (HCP)    L'Espagne s'achemine vers la tenue d'élections législatives anticipées…    Festival International du Film de Marrakech. Cap sur l'Australie !    DJ Nicola Cruz, l'explorateur de sons    Edito : Assises    Habib El Malki : La proclamation d'une Journée internationale de lutte contre l'islamophobie permettra de faire échec au discours de la haine    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Mario Vargas Llosa, un amoureux lucide de l'Amérique latine
Publié dans Le Soir Echos le 06 - 08 - 2012


Le fait d'avoir lu des centaines et des centaines de romans en près d'un demi-siècle n'empêche pas que l'une de ces innombrables fictions continue de résonner dans la mémoire plus puissamment et fonde une admiration qui n'a pas varié. Le Péruvien Mario Vargas Llosa n'avait pas encore reçu le Prix Nobel de Littérature quand parut Conversation à « La Cathédrale » (Gallimard) dont la lecture me passionna. Soudain, c'est tout un pays, Le Pérou, dont j'ignorais tout qui m'était révélé avec les pérégrinations de Santiago Zavala et «La Cathédrale » qui est le nom d'un bar fréquenté par le journaliste demeure dans mon souvenir comme un de ces lieux qui vous hantent parce qu'un romancier en a fait l'épicentre d'une fresque remarquable. Il me faudrait avoir accès aux archives du Matin pour que je puisse relire la chronique que je consacrai en 1973 à Conversation à « la Cathédrale ». Mon enthousiasme ne se démentit pas lorsque je lus en 1980 La Tante Julia et le scribouillard un roman dont l'aspect hilarant n'ôte rien à ce mélange de perspicacité et de scepticisme propre à Vargas Llosa. Il s'agit d'un maître-écrivain. Aussi n'ai-je pas hésité à me plonger dans son Dictionnaire amoureux de l'Amérique latine (Plon, 2005) traduit de l'espagnol par Albert Bensoussan, lui-même un écrivain attachant et le traducteur attitré de Vargas Llosa auquel il a consacré un essai. Ce dictionnaire tient de l'autobiographie sentimentale, intellectuelle et politique. Vargas Llosa a été candidat malheureux à la Présidence du Pérou mais on notera que les premières phrases du Dictionnaire amoureux de l'Amérique latine le présentent comme ayant été dans sa jeunesse une sorte de latino-américain ayant la tête ailleurs. Et c'est ailleurs qu'il redevint latino-américain : « c'est à Paris, dans les années soixante que j'ai découvert l'Amérique latine (...) A l'exception de quelques célébrités, comme Pablo Neruda et Jorge Luis Borges, c'est à peine si je connaissais un ou deux auteurs hispano-américains ». La traduction française des auteur latino-américains encouragea la reconnaissance par l'Amérique latine de ses propres écrivains. Voici que Vargas Llosa évoque l'écrivain cubain Alejo Carpentier (que Mohamed Ben Abdesslam, alors responsable des émissions francophones de la RTM m'invita à interviewer en compagnie d'Ignacio Ramonet, le romancier du Partage des eaux et de Concert baroque étant de passage à Rabat) et le Dictionnaire amoureux de l'Amérique latine nous prodigue des souvenirs, des analyses et des descriptions que Vargas Llosa accumula à partir des années soixante pour dire le multiplicité des enjeux, des prestiges et des drames de l'Amérique latine. Il commence par évoquer son compatriote, Ciro Alegria dont il salue le roman Vaste est le monde, puis le Brésilien Jorge Amado auquel il destine une jolie formule : « Et j'en mets ma main au feu, il n'y a pas une personne au monde ayant connu et lu Jorge Amado qui s'aviserait de l'expulser du paradis. » L'entrée Amazonie de ce Dictionnaire... repose sur le souvenir qu'a Vargas Llosa d'une expédition à laquelle il put participer en 1957, à l'invitation d'un anthropologue là où vivent des tribus aguarunas et humbistas : « Passer de Lima à Chicais ou Urkusa, c'était sauter du XXe siècle à l'âge de pierre, entrer en contact avec des compatriotes qui vivaient à demi-nus, dans des conditions extrêmement primitives et, de surcroît, impitoyablement exploités ». A la lecture de ces lignes, le souvenir m'est revenu de ce qu'écrivit Edward W. Saïd dans Réflexions sur l'exil et autres essais (Actes Sud, 2008) : « La fameuse analyse de Mario Vagas Llosa d'un massacre andéen de journalistes péruviens (Inquest in the Andes : A Latin American Writer Explores the Political Lessons of a Peruvian Massacre, New York Times Magazine, 31 juillet 1983) est fondée sur la prédisposition des Indiens andéens à des formes particulièrement terribles de meurtre systématique ; la prose de Vargas Llosa est lestée d'expressions sur les rituels, l'aspect rétrograde et l'immuabilité lugubre propre aux Indiens, qui se fondent toutes sur l'autorité ultime de descriptions anthropologiques ». C'est bien la preuve qu'un grand talent n'empêche pas de donner prise à des polémiques ! Vargas Llosa apparaît dans son Dictionnaire amoureux de l'Amérique latine plus mesuré dans ses analyses qu'il n'en a quelquefois donné le sentiment, mais sa révolte est intacte contre le sort des paysans au Pérou lorsque la crise et le terrorisme les réduisaient « à une économie de subsistance et à un statut d'infra-humanité ». On s'amuse dans ce livre foisonnant, quand le romancier, natif d'Arequipa, rapporte la « névrose passagère qui affecte l'autochtone. Un beau jour, le plus paisible des Aréquipiens cesse de dire bonjour, passe des heures la mine renfrognée, dit et fait les pires extravagances et, pour une simple divergence de vues, prétend assommer son meilleurs ami. » La culture maya et aztèque est évoquée par Vargas Llosa à travers l'œuvre de l'écrivain guatémaltèque Miguel Angel Asturias. La première femme célébrée par Vargas Llosa est l'agent littéraire Carmen Bacells dont il dresse un portrait haut en couleurs. Voici la Bolivie que Vargas Llosa connut dans son enfance. Et les relectures se poursuivent : L'Argentin Jorge Luis Borges dont notre auteur affirme qu'il fut le phénomène le plus important de la littérature moderne de langue espagnole. Vargas Llosa se souvient de l'avoir interviewé en 1963 : « Qu'est-ce que c'est, pour vous, la politique, Borges ? » : « Une des formes de l'ennui ». Le défilé se poursuit avec le peintre Fernando Botero et le cinéaste Luis Bunuel. Il est question de Che Guevara aussi bien que du poète mexicain José Emilio Pacheco, des Incas et de Flora Tristan qui demeura huit mois à Arequipa et deux à Lima en 1834 : « Dans ces Mémoires, elle devait brosser un formidable portrait de cette société féodale et violente... » Le Dictionnaire amoureux de l'Amérique latine de Mario Vargas Llosa constitue une sorte d'hymne à la création littéraire, à la liberté et manifeste un effort constant de lucidité.

Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.