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BVC Derrière la boutique
Publié dans L'observateur du Maroc le 20 - 05 - 2009

Alors qu'on pensait la place boursière du Maroc protégée par ses fondamentaux, voilà que la chute libre suit celle des différentes places boursières internationales. Il ressort des résultats affichés fin avril par la bourse de Casablanca que les principaux indicateurs alimentent les craintes des investisseurs et des petits épargnants. En cumulant des pertes annuelles, ces indicateurs sont au rouge. Comparé à la même période l'an dernier, le volume global d'échanges a reculé de 33,85%. Quant au volume des transactions sur le marché central, il a chuté de 56,71%. La moyenne quotidienne des flux d'échanges a dégringolé de 34,65%. Les pertes de la bourse à Casablanca frôlent des milliards de dirhams. Cette tendance est inquiétante, d'autant plus que le marché boursier évolue dans le clair-obscur tout en donnant, lors de certaines séances, l'impression de monter. Au passage, le MASI, indice de toutes les valeurs cotées, est entré dans une spirale haussière à l'issue de laquelle il avait gagné près de 20%, ramenant sa performance annuelle dans un territoire positif. Cependant, une telle hausse n'a ni la vigueur ni le rythme de la chute qui l'a précédée. Elle reste en effet molle, étalée sur le temps, et surtout elle intègre de fortes fluctuations en intraday comme en témoignent les fortes variations à la hausse, comme à la baisse, qu'enregistraient les indices au cours d'une même séance tout au long du mois d'avril. En fait, la tendance baissière est bien installée et les temps ont bien changé pour la bourse de Casablanca. Qui est donc derrière ce plongeon ?
Les secrets d'une bourse
D'après une analyste financière d'Attijari intermédiation, la chute actuelle du marché intervient après la présentation des résultats qui s'annoncent globalement insatisfaisants. Alors que la publication des résultats annuels des sociétés cotées est censée insuffler une nouvelle dynamique à la place casablancaise, c'est le contraire qui se produit. La société estime que les résultats décevants expliquent en partie le manque de hardiesse qui caractérise le marché. Certes, des dividendes ont été distribués, très importants d'ailleurs par rapport à l'année dernière, mais c'est insuffisant pour encourager les détenteurs de capitaux à investir en bourse. Mais pas seulement. Une autre raison invoquée concerne le désintéressement et le manque de confiance, confirmés par le coup d'arrêt donné à de nouvelles introductions. Il n'y aura vraisemblablement pas d'introductions en bourse cette année. La preuve? Trarem a opté pour un crédit bancaire au lieu de s'introduire en bourse. En effet, en octobre dernier, le fabricant de mobilier de bureau, en plein processus de souscriptions, a décidé de différer son introduction. De même, SGTM a choisi de reporter son introduction en bourse, au mieux, à fin 2009. S'agissant de Méditel et de Marjane, le management de ces sociétés parle désormais sans équivoque de différer ses plans. Lors de la présentation des résultats annuels de l'ONA, Mouatassim Belghazi, président du groupe, en réaction à la proposition du directeur de CFG marché, Younès Benjelloun, d'introduire Marjane en bourse, avait répondu : «Vous conviendrez que ce n'est pas le bon moment.» Quant à Méditel, Mohamed El Manjra ne laissait place à aucun doute. S'exprimant sur une éventuelle introduction , le président a déclaré que le deuxième opérateur des télécoms préfère attendre avant de s'engager dans des transactions, pour le moment incertaines, sinon périlleuses. Les émetteurs ne se bousculent pas pour rejoindre la cote.
Kamal Bennani, directeur commercial à Orange Asset Management, souligne que les niveaux de valorisation auxquels peuvent actuellement prétendre les émetteurs sont bas. Et pour cause. Mises à part les différentes méthodes d'évaluation, le vrai benchmark pour fixer la valeur d'un titre demeure la valorisation du marché. En contexte baissier, les titres nouvellement introduits doivent être raisonnablement valorisés pour trouver preneur.
Quels que soient les arguments avancés pour justifier la dégringolade spectaculaire de la place boursière, l'activité de la bourse de Casablanca est donc concernée par les répercussions de la débandade de Wall Street. Face à cette réalité, une question se pose : Est-il possible d'anticiper techniquement l'évolution probable du marché marocain ? D'après Mustapha Belkhayat, trader et analyste financier à la tête d'un fonds canadien, la forte chute cumulée n'est pas le résultat d'un manque de confiance. Pour lui, la place boursière marocaine manque de profondeur : nombre restreint d'intervenants sur le marché (sociétés de bourse, banques et fonds de gestion) et de sociétés admises à la cote (53 aujourd'hui, SOMAFIC ayant été éradiquée par manque de transparence); conditions d'admission à la cote peu flexibles et décourageantes, surtout pour les jeunes sociétés; régime fiscal jugé très contraignant, que ce soit pour les institutionnels ou pour les petits porteurs. Mustapha Belkhayat précise par ailleurs que l'attractivité réelle de toute bourse dépend de son mode de gouvernance, de sa transparence et de sa connexion réelle à l'économie dans laquelle elle opère. Il souhaite que la correction soit "salutaire", et ce, en retrouvant les niveaux de valorisation en phase avec les fondamentaux des sociétés cotées et de l'économie en général afin d'attirer encore plus d'investisseurs, locaux et étrangers. D'après lui, c'est le moment ou jamais pour changer de cap et inciter les investisseurs étrangers à miser sur la place financière. Ce n'est pas tout. Seul un renforcement et un élargissement de l'assiette des sociétés cotées et cotables sont capables de renverser la vapeur. Ceci dit, on attend de l'Etat qu'il fasse plus, comme inciter les entreprises susceptibles d'être cotées à franchir le pas. Aussi est-il nécessaire de continuer à consentir des efforts communs auprès de ces entreprises pour les convaincre de l'intérêt d'un appel public à l'épargne. Quant à Mohamed Berrada, ex-ministre des Finances, il soutient que c'est en situation de crise qu'il faut préparer la reprise. En effet, le meilleur moyen d'affronter la crise est d'abord d'en mesurer toute la portée. Mohamed Berrada prône la mise en place d'un plan structurel d'anticipation, au lieu d'un plan conjoncturel consommé à court terme comme c'est le cas pour la solution des rachats d'actions pour animer la place boursière.


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