L'Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) a lancé aujourd'hui la sixième édition de sa Science Week, événement annuel qui place la convergence des disciplines scientifiques au cœur des échanges. Jusqu'au 5 avril, chercheurs, enseignants et étudiants se réunissent pour explorer les interfaces entre sciences, technologies et société. « La Science Week est l'un des moments où notre conception de l'université devient visible », souligne Hicham El Habti, Président de l'UM6P. Pour lui, l'université ne se limite pas à la transmission des connaissances : elle est un lieu de création, où la recherche et l'enseignement dialoguent, et où les disciplines se confrontent pour répondre aux défis contemporains. Convergences scientifiques au programme L'édition 2026 réunit plus de cent experts internationaux de premier plan. Parmi eux, le professeur Victor J. Dzau, Président de l'Académie nationale de médecine des Etats-Unis, apporte son expertise sur la gouvernance des systèmes de santé, tandis que le Professeur Omar M. Yaghi, lauréat du prix Nobel de chimie 2025, intervient sur les matériaux avancés pour la transition énergétique. Steve Levine, fondateur du Living Heart Project, présente les avancées en modélisation numérique du vivant, et la Professeure Paula A. Harrison, spécialiste de la biodiversité et du climat, apporte un éclairage sur les interactions entre écosystèmes et décisions publiques. Pour le président de l'université, « la convergence ne concerne pas uniquement les disciplines, elle s'exprime aussi entre le laboratoire et la société, entre la théorie et l'application, entre la découverte et l'industrie ». Il rappelle que les grands défis contemporains, de l'urgence climatique à l'exploration de la conscience, nécessitent cette approche multidimensionnelle. Fouad Laroui, président du comité scientifique de la Science Week, complète cette vision : « Les disciplines scientifiques sont en train de converger vers un traitement unifié de l'homme, de la terre, de la planète. Ce phénomène, observable dans l'usage massif des données et de l'information, illustre à quel point les sciences deviennent interdépendantes ». Il cite l'exemple des gènes humains, considérés comme des codes et des données, montrant que biologie et informatique se rejoignent pour repenser la médecine. Raphaël Liogier, directeur de l'Institute for Advanced Studies (IAS) et titulaire de la Chaire des Transitions à l'UM6P, ajoute : « Ce qui a fait le succès de la science moderne, c'était la spécialisation. Aujourd'hui, un nouveau phénomène émerge : la convergence. L'intelligence artificielle, la prothétique, la biologie computationnelle : tous ces domaines montrent que la frontière entre biologie et ingénierie devient de plus en plus floue. » Il illustre cette convergence avec les prothèses connectées au système nerveux : « On peut maintenant brancher une main artificielle directement au cerveau. L'évolution, qui prenait des millions d'années, peut désormais être accélérée grâce à la technologie », souligne-t-il. Vers un futur façonné par la convergence La Science Week suit une organisation cohérente : les matinées sont consacrées à des sessions parallèles organisées par les départements, souvent en co-construction, tandis que les après-midis accueillent des tables rondes et des ateliers interdisciplinaires. Les soirées sont réservées à des projections ou des événements plus informels, permettant d'aborder les implications éthiques et sociales des avancées scientifiques. « Chaque département, chaque laboratoire présente non seulement ses résultats, mais aussi ses questions, ses méthodes, ses hésitations, ses perspectives », rappelle Hicham El Habti. « Ce qui définit la science, c'est l'organisation rigoureuse de l'incertitude », ajoute-t-il, en mettant l'accent sur l'importance de créer un espace de dialogue où le désaccord devient productif. Si la Science Week cible la communauté de l'UM6P, elle reste ouverte au public et favorise les échanges avec des institutions internationales et des acteurs professionnels. « L'enjeu est de placer le Maroc dans le paysage scientifique mondial tout en offrant à nos étudiants et chercheurs l'accès aux savoirs les plus avancés », note Fouad Laroui. La clôture, prévue le 5 avril, sera marquée par une conférence sur la convergence des arts et le dévoilement du thème de l'édition 2027. L'édition 2026 illustre une conviction forte : la science moderne ne peut plus avancer en silo. À l'UM6P, convergence rime avec innovation, responsabilité et impact sociétal. Comme le conclut Hicham El Habti, « à une époque où nos capacités scientifiques et technologiques connaissent une expansion sans précédent, la convergence amplifie à la fois notre puissance et notre responsabilité ».