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LES CHIENS SONT LÂCHES
Publié dans MarocHebdo le 07 - 05 - 2014


Vague raciste anti-marocaine en Espagne
LES CHIENS SONT LÂCHES
Les sociologues et les ethnologues devront nous expliquer pourquoi l'Espagne de l'ignorance, de l'intolérance et de la débilité contagieuse, refait régulièrement surface sous l'Espagne de Juan Carlos et de José Maria Aznar. L'Espagne est le mauvais élève de l'U.E. Ses voisins européens l'ont fait arriver trop vite à la démocratie. Tout concourt à ce que les Espagnols fassent de l'immigration marocaine un modèle d'intégration sociale, un vecteur de coopération bilatérale. Mais Madrid n'a pas de politique d'immigration.
Nous sommes enclavés. L'Espagne fait commencer l'Europe chez nous. L'Espagne est la porte-sud de l'Europe sur notre territoire, à Sebta et Mellilia qu'elle occupe toujours et encore. L'Espagne nous empêche d'accéder à l'Europe pour les besoins de notre commerce avec les autres pays du continent. L'Espagne rançonne et maltraite nos RME qui ne font qu'emprunter ses routes pour rentrer chez eux, une fois l'an. L'Espagne massacre les travailleurs marocains installés chez-elle à sa demande. L'Espagne veut disposer de nos eaux et de notre poisson à sa guise et à ses conditions. L'Espagne bafoue notre souveraineté. L'Espagne nous blesse dans notre dignité. L'Espagne veut faire de nous son côté cour où elle prend et jette ce que bon lui semble, selon sa convenance et son humeur. L'Espagne nous enclave. L'Espagne nous étouffe. L'Espagne nous emmerde.
Jeanne la Folle
Ce qui vient de se passer à El Ejido et dans toute la banlieue d'Almeria rappelle les premières exactions commises par les milices nazies contre les Juifs de l'Allemagne hitlérienne. Chasse à l'homme dans les rues et jusque dans les camps de regroupement où sont maintenus à l'écart les représentants de l'autre espèce humaine; violation et incendie des maisons; mise à sac des boutiques de commerce. La haine raciale à l'état pur. La peur pathologique de l'Autre. Le racisme dans ses manifestations les plus abjectes, dans ses débordements les plus hideux.
Il va de soi que l'Autre n'est pas à chercher dans les soixante millions de touristes d'Europe du Nord ou d'Amérique. L'Autre, c'est le Moro, la tête de turc sur qui on tape chaque fois qu'un petit nervis boutonneux doute de son équilibre hormonal, chaque fois qu'un vieil irascible andropausé veut se rassurer sur sa virilité nationale.
Pourquoi ce déversement de barbarie dans l'Europe des parchemins déclaratoires sur l'homme et l'inviolabilité de ses droits? Pourquoi ce déferlement d'atavisme bestial? Pour un fait regrettable et condamnable puisqu'il y a eu assassinat. Un fait dramatique, mais qui n'en reste pas moins un fait isolé. Un policier espagnol équilibré parlerait même de fait divers. Des meurtres, il y en a tous les jours en Espagne et en Europe, toutes les secondes en Amérique. Sauf que cette fois-ci, c'est un Moro qui a tué. Le Moro est déséquilibré. Tant pis. On ne veut pas le savoir. Il n'avait pas à l'être. Il n'avait pas à être.
Tous les mécanismes de sécurité, toutes les procédures de justice se sont grippés. On n'en a plus besoin pour arrêter, juger et neutraliser un détraqué coupable d'homicide. Place à la vindicte populaire, au lynchage collectif de tous ceux qui ont le même teint que lui. Les juges, les jurés, les avocats du diable et les témoins à charge, ce sont tous les idiots du village.
Cela a été suffisamment dit, le racisme est le summum de la bêtise humaine. Dire que tous les Espagnols sont bêtes et racistes, serait verser dans les mêmes anathèmes idiots et généralisateurs. Mais durant cette première semaine de février, l'Espagne n'était plus la monarchie constitutionnelle et démocratique, la partie méridionale d'une Europe qui s'efforce de concilier libéralisme absolu et libertés fondamentales, argent roi et humanisme. L'Espagne avait fait un bond de plusieurs siècles en arrière. Elle était revenue au temps d'Isabelle la Catholique et de sa progéniture dégénérée, Jeanne la Folle (Juana la loca).
Clé en tête
La mère et la fille, grandes persécuteuses médiévales de tout ce qui n'était pas catholique, les Juifs séfarades et les maures. C'était le racisme d'époque, des temps obscurs et ténébreux. Celui de l'inquisition. Ce racisme que l'on croyait révolu n'est pas foncièrement différent de celui qu'ont subi les Marocains d'El Ejido. Seul a changé le contexte et les mots pour le dire. Le fond est le même, la manière est identique. La fine pellicule des "droits de l'Homme universellement reconnus" et le vernis dérisoire et trompeur de "la mondialisation" ont volé en éclat.
Les démons de la régression sont toujours là. Surtout lorsqu'ils sont taquinés par des politiques infantilisateurs des peuples. À El Ejido, à Almeria, comme auparavant à Terrasa, en Catalogne, et comme chaque année à Algésiras, c'est l'Espagne ancienne qui resurgit. Les sociologues se pencheront certainement sur ces cas d'hystérie collective à répétition. Leurs causes originelles et leurs facteurs de continuité. Ils devront faire appel aux ethnologues pour nous expliquer pourquoi l'Espagne de l'ignorance, de l'intolérance et de la débilité contagieuse, refait régulièrement surface sous l'Espagne de Juan Carlos et de José Maria Aznar.
On a besoin de comprendre. C'est une urgence pour nous. Car nous ne pouvons pas élargir le Détroit. Nous ne pouvons pas délocaliser le Maroc pour le mettre à proximité de l'Argentine ou du El Salvador. Et nous n'avons pas les moyens économiques et la raison politique suffisante pour faire déguerpir les Espagnols de Sebta et Mellilia en guise de représailles. Autrement, nous aurions bloqué les deux ports et provoquer la plus grande crise de la Méditerranée, depuis les Romains. Nous ne pouvons pas le faire avec deux frégates et un patrouilleur. Et nous n'y avons pas intérêt, tant que nos immigrés auront toujours besoin d'aller quémander leur pain chez les Ibériques. Inutile donc de songer à une petite guerre des Malouines, histoire d'avoir un peu moins mal au Maroc.
Rendons-nous à l'évidence. Nous sommes donc dépendants et pas bien lotis face à l'Espagne. La géographie ne nous a pas gâtés en nous plaçant si près de l'Europe, nos tares et nos faiblesses n'en sont que plus visibles. La dérive des continents aurait mieux fait de nous dériver vers le Bengladesh. Les inondations ne nous font pas peur. Les barrages, ça nous connaît.
Notre situation, pas très envieuse, ne nous empêche cependant pas de renvoyer à l'Espagne sa vraie image. Celle d'un pays que ses voisins européens ont fait arriver trop vite à la démocratie. L'Internationale socialiste et la démocratie chrétienne ont fait brûler toutes les étapes à un pays qui sortait de quarante ans de dictature franquiste. Toute la logistique, toute la machinerie, tous les moyens d'encadrement, tous les leviers électoraux ont été mobilisés pour que l'Espagne soit dotée au plus vite d'une superstructure démocratique. Tout a été livré clé en tête: les partis, les discours, les capitaux, les autoroutes, la pornographie, les buildings, les palaces et les urnes.
Débilité contagieuse
L'Espagne est passée d'un seul coup de l'absence totale des libertés individuelles et collectives aux scrutins avec comptage informatique et une alternance pré-rodée entre une nouvelle gauche et une droite pas du tout nouvelle. Tout a été servi comme une panoplie de cours accélérés à un peuple qui a subitement quitté les oripeaux du totalitarisme, pour le prêt-à-porter démocratique. Un peuple censé pouvoir assimiler la démocratie dans la joie et la bonne humeur, tout comme il sait si bien faire la fête.
Un vrai plan Marshall où tout ce qu'il faut pour décoller est dans le paquet-cadeau: le financier, l'institutionnel et le politique. Tout donc a été mis à la disposition de l'Espagne pour la faire amarrer à des démocraties européennes éprouvées et endurcies. Tout sauf le comportement social et la culture démocratique qui vont avec. Au quotidien. Le puissant courant xénophobe qui traverse les différentes couches de la société espagnole est vite remonté à la surface. Il contredit tous les discours européens sur la tolérance et l'ouverture. Il est à des années-lumières des stratégies européennes pour l'intégration des travailleurs immigrés, par exemple.
L'Espagne est le mauvais élève de l'Union Européenne. L'Europe, de l'avis de son élite qui en a définitivement convenu, est devenue une entité multi-culturelle et multi-raciale. L'Espagne qui reçoit, en touristes, le double de sa population, reste accrochée à des réflexes désuets, anachroniques et faussement identitaires. Des réflexes irréalistes, car l'Espagne vieillit, son peuplement ne se renouvelle pas, pour cause de natalité insuffisante.
Elle a besoin, plus que de touristes, d'injection de force de travail pour faire tourner son économie et faire vivre ses retraités. Bref, cet immense camp de vacances pour euro-américains a besoin d'une mise à niveau culturelle, franche et vigoureuse.
L'UE qui a tiré l'Espagne de la misère noire pour l'amener à un niveau de vie confortable, devrait exiger que ce pays se conforme à sa vision des rapports Nord-Sud. Elle a raté une occasion de le faire, suite aux événements racistes d'Almeria. Le silence de la Commission Européenne est incompréhensible et révoltant. Romano Prodi s'est rendu complice de José Maria Aznar qui lui-même est complice des hordes barbares d'El Ejido. C'est peut-être sa culture du silence, cher à l'omerta politique italienne, qui l'a empêché de s'exprimer. Le représentant de l'UE à Rabat, Lucio Guerrato, ne s'est, quant à lui, décidé de balbutier quelques onomatopées de principe, qu'après avoir été assiégé par les médias nationaux.
Passivité complice
Heureusement que la présidente du Parlement Européen, Nicole Fontaine, a sauvé la mise, en condamnant clairement et fermement le comportement innommable des attardés espagnols et de leurs supports politiques rétrogrades. C'est la seule note de cohérence de l'Europe de l'ingérence humanitaire. Elle était nécessaire, cette mise au point, après la réaction unanime et sans équivoque des instances européennes à la montée du fascisme d'extrême droite en Autriche.
À Vienne, ce ne sont encore que des intentions. À Almeria, c'était un racisme en manuvre, un racisme qui pourchasse, humilie, agresse et menace de tuer en masse. Tous les observateurs, la presse espagnole en premier, s'accordent à relever la passivité complice des forces de l'ordre espagnoles. Pendant trois jours, les meutes racistes ont cassé du Marocain, sans qu'il y ait arrestation en flagrant délit ou interpellation des assaillants aux gourdins et bars de fer, des incendiaires et des pilleurs. La sécurité espagnole aurait reçu des consignes pour ne pas intervenir. Il y a donc eu non-assistance délibérée à minorité travailleuse en danger. C'est cela que la Commission Européenne, du haut de sa déclaration universelle des droits de l'homme, devait dénoncer.
Aznar et Haider
José Maria Aznar ne veut pas être assimilé à Jorg Haider. Il s'est empressé de marquer sa différence avec l'Autrichien infréquentable. Précaution insuffisante, en ce qui nous concerne. La politique à l'égard du Maroc et des Marocains d'Espagne, place M. Aznar dans une sphère de droite où tous les doutes, toutes les suspicions, tous les procès sont permis.
Les événements d'El Ejido portent la marque de l'exploitation électorale. Le chef du Parti Popular a laissé faire ses concitoyens enragés pour pouvoir récupérer leurs voix, le 12 mars 2000, lors des élections législatives. Une basse manuvre électorale en droite ligne de l'utilisation que fait le PP de l'immigration dans sa campagne.
Du coup, les immigrés en général et les RME en particulier, passent pour des fauteurs de trouble, des délinquants en puissance, des envahisseurs qui viennent manger le pain des Espagnols et perturber leur quiétude. On a déjà entendu cela sous d'autres cieux européens. Propos d'extrême droite ou de droite extrême, peu importe. L'important est que M. Aznar est bien placé pour savoir que nos RME n'ont pas été débarqués par des pateras à Tarifa, il y a cinq, six ou même dix ans. Il s'agit, pour l'essentiel, d'une immigration aussi ancienne que l'ancienneté des relations maroco-espagnoles. Des relations séculaires qui ont connu des périodes fastes et des moments de crise et d'affrontement. Mais qui ont permis une interaction enrichissante pour les deux peuples
Tout concourt à ce que les Espagnols fassent de l'immigration marocaine un modèle d'intégration sociale, un vecteur de coopération bilatérale. D'autant que M. Aznar sait que l'Espagne a besoin de nos immigrés pour combler son déficit en main-d'uvre. Ils n'y sont pas que pour fuir une situation de chômage endémique. Ils y sont aussi par effet d'appel objectif.
Nos RME, et c'est un label qu'on leur reconnaît, ne font pas dans la douce oisiveté et la farniente. En Espagne, plus qu'ailleurs, ils sont affectés aux tâches que les hispaniques répugnent: l'agriculture en général et les cultures sous serres en particulier. Ils le font bien. Ils le font pour des salaires de misères, dans des conditions de travail et de vie dignes des plantations de la Lousiane avant l'abolition de l'esclavage.
Contrairement aux autres pays de l'UE, l'Espagne n'a pas de politique d'immigration. Le programme de régularisation, récemment adopté, est tardif et timide. Le gouvernement espagnol pense avoir fait assez en fournissant des permis de circuler. On est loin d'une volonté politique affirmée de reconnaître aux immigrés le droit à une existence décente et méritée. Il faut espérer que les événements de El Ejido inciteront le gouvernement de Madrid à agir contre les humeurs xénophobes et racistes. Et ramener les Espagnols à de meilleurs sentiments à l'égard de ces travailleurs immigrés qui ont contribué au boom économique de leur pays.
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