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Saïd Sadi crie au scandale
Publié dans MarocHebdo le 12 - 12 - 2008

L'Algérie est victime d'un détournement de la mémoire par la manipulation de l'Histoire, clament la société civile et les partis de l'opposition. A leur tête, le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie.
Ahmed Elmidaoui, Paris
Saïd Sadi. «Algérie est passée d'un Etat militaire
à un Etat policier».
Un coup de maître, murmure-t-on dans l'entourage de Abdelaziz Belkhadem, chef de l'Alliance présidentielle et secrétaire général du FLN. On a rejoint le clan de Kadhafi, Ben Ali, Moubarak et autres amis arabes qui ont opté pour un pouvoir autoritaire monarchique. Un coup d'Etat, crie la société civile et avec elle le RCD (Rassemblement pour la Culture et la Démocratie) et son leader Saïd Sadi, qui réagissait aux amendements de la Constitution ouvrant la voie royale à Abdelaziz Bouteflika pour briguer, en avril 2009, un troisième mandat présidentiel. Pour Sadi, cela s'apparente à un «coup d'Etat» fomenté par le même groupe «qui a renversé» le Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA) dès l'indépendance recouvrée. «Une secte qui viole aujourd'hui la Constitution et qui prend en otage l'Algérie», a-t-il souligné devant de nombreux journalistes algériens, français et étrangers réunis récemment au siège du CAPE (Centre d'accueil de la presse étrangère) à Paris. C'est que, face à une opposition très minoritaire en Algérie (8% des voix en 2004), et en l'absence d'un candidat d'envergure qui pourrait changer la donne, l'Alliance présidentielle a toute la place requise pour offrir à son champion une voie royale… Et même si ce champion est usé, vieilli et affaibli, il a tout de même le mérite de vouloir mourir dans les bras du Pouvoir. Quel combat pour un jeune de 71 ans!
Combat
«L'Algérie a enregistré son troisième coup d'Etat depuis l'indépendance. Que l'on prenne en considération les auteurs de ce coup de force, la façon dont il a été mené ou ses conséquences politiques, on observe que la vie publique algérienne est confisquée depuis 1962 par la même oligarchie qui abuse des mêmes procédés et poursuit les mêmes objectifs: confiscation de la volonté populaire par le détournement de l'histoire», s'indignait M. Sadi, avant de reprocher aux dirigeants français leur attitude «complaisante» à l'égard du pouvoir algérien même si «en privé», ils se disent «choqués» par la dernière «trituration» du texte fondateur du pays.
«Bouteflika peut être candidat, mais il n'a pas le droit de violer la Constitution, ni de séquestrer la télévision à son usage exclusif, ni de ramener sa tribu à la tête de l'Etat», a dit le leader du RCD, pour qui «l'Algérie est soumise à la prédation», et il en veut pour preuve la présence de 13 ministres «du même village que le Président» dans le gouvernement actuel. Interrogé sur l'existence de désaccords entre le Président et l'armée, M. Sadi évoque des frottements sur le partage de la rente. «Il n'y a pas de divergences de fond entre le clan de Bouteflika et l'armée. Les oppositions qui apparaissent ici et là portent sur le partage de la rente mais jamais sur la nature du système politique», a-t-il déclaré avant de résumer: «Il n'y a plus d'Etat, ni d'administration, ni de droit en Algérie, qui est passée d'un Etat militaire à un Etat policier», a-t-il dit en fustigeant la politique de “Réconciliation nationale”, initiée par Abdelaziz Bouteflika. «A l'arrivée de Bouteflika, le terrorisme était pratiquement vaincu grâce à la mobilisation de la population», a-t-il soutenu.
Le côté historique a été savamment mis en scène par le leader du RCD, pour mettre à nu les manœuvres de Bouteflika. Il évoque à ce titre les affrontements entre le groupe de Tlemcen, héritier du groupe d'Oujda, qui l'avait emporté sur le groupe de Tizi Ouzou en 1962. Ce dernier revendiquait un Etat démocratique et social garantissant les libertés individuelles et collectives. Globalement, il comprenait le GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne), les maquisards de l'intérieur, la fédération de France du FLN et des responsables historiques de la révolution algérienne parmi lesquels Boudiaf, Aït Ahmed et Krim Belkacem, le signataire des accords d'Evian... Face à eux, le groupe de Tlemcen, appuyé sur l'armée des frontières, était animé par Ben Bella et Boumédiene. Il y avait parmi eux déjà un certain Abdelaziz Bouteflika. Associé à ce groupe pour un court instant, le libéral Ferhat Abbas s'en détachera très rapidement.
Violence
L'équipe de Ben Bella a toujours refusé de s'engager dans une vie publique où le citoyen soit le seul arbitre. S'oppose alors à une modernité politique adossée aux référents culturels et historiques nord-africains, une approche islamo populiste qui est aujourd'hui encore au cœur du débat algérien. Et de déduire que le coup de force constitutionnel du 12 novembre n'est qu'une réplique de ce qui s'est passé en 1962 et Bouteflika, partenaire du groupe d'Oujda, ne fait rien d'autre que d'essayer de relancer, fut-ce de façon poussive, la culture de la violence au détriment du consensus et de la transparence. S'interrogeant sur les raisons qui ont poussé Bouteflika à éviter le référendum, en engageant le Parlement dans une révision constitutionnelle pour laquelle il n'est pas qualifié, le leader algérien a évoqué d'abord la nature et la composition du Parlement qui, issu du “bourrage des urnes”, ne peut s'opposer à aucune injonction.
Ensuite l'incapacité de Bouteflika de mobiliser les électeurs après les 17% de taux de participation qui ont sanctionné son référendum sur une désastreuse “Réconciliation nationale”, et, enfin, un référendum obligerait le président algérien à faire un semblant de campagne électorale; son état de santé ne le lui permet pas.
La façon dont a été organisé le vote confirme les intentions et les tensions qui agitent le pouvoir. Le RCD avait demandé un vote à bulletin secret. Cela lui fut refusé. Et pour cause. Lors de la plénière, le président de séance avait exigé des parlementaires qu'ils gardent la main levée pendant de longues minutes pour permettre aux caméras des services de sécurité de filmer l'ensemble des présents et débusquer d'éventuels indociles parmi les « élus » de la coalition présidentielle.
Abdelaziz Bouteflika. Tribalisation du pouvoir.
Marasme
Où en est l'Algérie aujourd'hui? Tribalisation du pouvoir, marasme économique, paupérisation de la société, retour du terrorisme, corruption généralisée, instabilité et discrédit institutionnel, sont la marque de fabrique du régime, se désole M. Sadi, pour qui les termes de l'impasse algérienne sont tragiquement simples: détournement de la mémoire par la manipulation de l'histoire, détournement de la volonté populaire par les fraudes électorales, détournement de la richesse nationale par la corruption institutionnelle.
Et de conclure sur le registre extérieur par un constat pessimiste: «les tensions entretenues avec nos voisins sont d'abord motivées par la volonté de maintenir notre société dans l'isolement et la haine de l'autre. Les frontières terrestres sont toujours fermées entre l'Algérie et le Maroc en 2008». Et rien n'explique «le reniement de ce qui fut le cœur du combat nord africain, dont la conférence de Tanger fut le point nodal; conférence qui proposait en 1958 la construction de la fédération des Etats nord-africains comme le parachèvement naturel des guerres de libération des trois pays»