Le Policy Center for the New South a consacré la session du 20 avril 2021 de son programme hebdomadaire des « Mardis du PCNS », modérée par Imane Lahrich, responsable des programmes au Policy Center, à la discussion du déploiement des organisations terroristes en Afrique et ses conséquences sur la sécurité dans le continent, avec la participation d'Abdelhak Bassou, Senior Fellow au PCNS. Au début de la rencontre, le Senior Fellow Abdelhak Bassou a expliqué que pour avoir une idée de ce qui se passe dans la région du Sahel, il faut d'abord comprendre la situation dans la région du lac Tchad en raison de la proximité des deux régions et de l'imbrication des événements qui s'y déroulent. S'agissant des modes et formes d'action des groupes extrémistes et terroristes, l'invité de la session a souligné que malgré leur expansion continue en raison de certains facteurs affectant le continent africain et les changements survenus dans le monde, celles-ci peuvent être résumées en deux formes : premièrement, des actions de vengeance (opérations suicides, enlèvements, prises d'otages…) visant à saigner à blanc les forces militaires, les services de sécurité et les gouvernements des pays dans lesquels ces groupes opèrent ; deuxièmement, des opérations terroristes ciblées visant à asseoir leur contrôle et à s'implanter en vue de s'emparer de territoires, d'administrer les populations locales et d'engager de nouvelles recrues. Bassou s'est, par ailleurs, appuyé sur la théorie des taches d'huile en langage militaire pour expliquer les modes de convergence et d'expansion utilisés par des groupes extrémistes se trouvant dans des sites géographiques séparés, dans le cadre d'une stratégie de domination et de pouvoir. En réponse à la question de la comparaison entre les sources de la menace terroriste dans la région du Sahel et ce qui se passe au Mozambique, Abdelhak Bassou a indiqué que les groupes terroristes actifs dans ces zones se réclament tous du référent islamiste et visent à déstabiliser des Etats constitués en vue d'établir un Etat islamique sous l'autorité du califat. Lesquels Etats souffrent d'une faiblesse de leurs structures politiques et de leurs institutions publiques et, partant, de l'absence de justice sociale, en plus de la présence de forces étrangères qui cherchent à servir leurs intérêts liés à l'exploitation des ressources énergétiques et des richesses minières de la région. Quant à la distinction entre ces groupes, elle se limite à la différence en nombre de musulmans parmi la population et l'absence au Mozambique d'un environnement islamique qui puisse renforcer leurs activités, en plus d'autres différences liées à des aspects tactiques. Toujours à propos du Mozambique, le Senior Fellow Bassou a souligné le manque d'information sur les organisations extrémistes et leurs attaques à l'intérieur du pays, en raison de la réticence des médias et de la communauté internationale à s'intéresser à ce qui s'y passe, sans oublier les discours présidentiels contradictoires qui ne font que sous-estimer davantage la gravité de la situation. Et l'analyste de poursuivre en évoquant les menaces croissantes de ces groupes et l'instabilité dans la province de Cabo Delgado qui ne sont pas le fruit de la répression menée par les forces militaires du Mozambique contre ces groupes, mais plutôt de la marginalisation dans laquelle se trouve la région depuis la période coloniale et de la fragilité de ses structures sociales, en plus de la facilité pour les extrémistes de recruter des jeunes. En conclusion, l'invité de la session a estimé que le problème de l'extrémisme violent en Afrique ne peut trouver son issue dans une solution militaire, car la naissance et la persistance de ces organisations terroristes découlent de la marginalisation, de la pauvreté, de l'absence de justice sociale et de la corruption des systèmes politiques et administratifs au sein d'Etats qui ne remplissent pas leurs fonctions légitimes (assurer les services de santé, de sécurité, d'éducation…). Les interventions extérieures doivent, par conséquent, s'attaquer aux problèmes structurels des Etats africains afin de surmonter la situation de précarité qui conduit à la constitution et à l'expansion de ces organisations terroristes. Il a notamment mis l'accent sur la nécessité d'approfondir la réflexion sur le mal et de ne pas se contenter de traiter ses symptômes. A cet égard, Abdelhak Bassou a affirmé que seule une approche unifiée des différents Etats africains ou la réalisation de l'unité africaine est capable de mettre fin à la menace de propagation des organisations terroristes en Afrique et ses répercussions sur la sécurité du continent.