Erigée au rang de langage universel, la musique est incontestablement un moyen d'expression qui unit les cultures et les territoires. Au Maroc, elle est omniprésente, prenant les allures d'une communion spontanée, ancrée dans les traditions et façonnée par l'évolution sociétale. Sur le ton du road movie musical, le documentaire «Maroc, la route de la musique» disponible sur TV5MONDE+ propose un voyage à travers les cultures et les régions du royaume, au rythme des héritages musicaux et artistiques de chaque contrée. Partagés récemment sur les réseaux sociaux, des extraits de ce film ont remis en avant l'évolution de ces expressions transmises d'une génération à l'autre, définies par des influences d'ici et d'ailleurs, le développement des pratiques, mais aussi des conventions sociétales. En effet, le documentaire montre que «la musique est omniprésente au Maroc», que ce soit à Rabat, à Essaouira, à Fès, à Meknès, à Chafchaouen, à Marrakech, dans l'Atlas ou à travers le Sahara. Cette odyssée musicale propose ainsi un «voyage initiatique à la découverte des grandes villes impériale, des souks, des musiciens amazighs, sahraouis, gnaouis, andalous». Elle reconstitue fidèlement une large partie de la mosaïque des expressions qui font toute la particularité de l'art ancestral marocain, alliant rythmes hauts en couleur, chants cathartiques ou plus mélodieux. Justement, la diversité des styles dénote elle-même de la fusion entre les cultures, ayant donné lieu à des héritages devenu nationaux. Parmi elles figurent notamment «la musique andalouse marocaine» issue des interactions avec les usages ibériques arabo-andalous et médiévaux, la musique gnaoua, fruit des pratiques perpétuées par les descendants d'esclaves à partir du XIe siècles, ou encore la Hadra, symbole du chant lyrique et spirituel à Chefchaouen. Signé Donat Lefebvre et Jérémie Saint-Jean, le film retrace ainsi les cultures régionales à partir des traditions musicales, en mettant en lumière un patrimoine sonore riche de sa pluralité et de sa transmission qui défie le temps. Il traduit également la manière dont les cultures ancestrales se réinventent elles-mêmes, grâce à leur capacité d'ouverture sur diverses expressions qui finissent par s'y inclure. Celles-ci enrichissent alors les héritages, transcendant de plus en plus les frontières de diverses natures. Art Gnaoua : «Pour rester vivant, le patrimoine immatériel doit être pratiqué» [Interview] Des expressions artistiques qui illustrent l'évolution de la société A ce titre, ces dynamiques ont la particularité de résulter des liens complexes entre Histoire, sociologie, évolution politique et art en lui-même. C'est ainsi qu'au-delà de la musique, le documentaire retrace comment la pratique artistique s'est ouverte à la mixité et aux voix féminines, à travers des témoignages d'artistes femmes, de chercheurs et de fins connaisseurs. Ils expliquent à quel point cette inclusion a contribué à enrichir davantage les legs musicaux des régions. Autant dire qu'il ressort du documentaire cette idée selon laquelle musique est l'expression artistique qui incarne au mieux l'esprit d'une communion aussi spontanée que contagieuse. On note d'ailleurs l'omniprésence de la musique au Maroc, que ce soit «dans la rue, à la terrasse de cafés, à l'occasion de mariages, de naissances de circoncisions». L'usage accompagne autant les fêtes que et les pratiques religieuses, soulignant l'appétence des mélomanes du pays pour l'écoute en direct (live) et l'interaction en temps réel. La musique devient alors un usage culturel de toutes et tous, une expression faisant partie intégrante de la vie quotidienne.