Un communiqué de presse bien ficelé envoyé à l'ensemble des médias marocains avec un chiffre spectaculaire : 1 656 certificats de formation en ligne obtenus en 12 mois. L'«exploit» de Mohamed Rochd Charrat a été repris par certains médias marocains sans vérification et relayé sur les réseaux sociaux. Qu'en est-il réelement ? DR ‹ › À l'origine de cette médiatisation, un communiqué prêt à publier envoyé aux rédactions, annonçant l'entrée du chercheur marocain, Mohamed Rochd Charrat dans un livre des records, «The Book of World Records». Des sites comme Maroc Hebdo, Le Brief ou encore la plateforme internationale EIN Presswire ont relayé l'information sans réserve, saluant une performance hors norme. Le problème ne réside pas dans le volume de certificats revendiqué, difficile à vérifier en soi, mais dans l'organisme qui valide ce «record». Contrairement à ce que son nom suggère, The Book of World Records (TBWR) n'a rien d'une institution de référence comparable à Guinness World Records. Même si la similitude des logos peut porter à confusion, il s'agit en réalité pour TBWR d'une structure privée à vocation commerciale, opérée depuis l'Inde et Dubaï par deux sociétés peu connues. 3 raisons de douter Premier signal d'alerte : son modèle économique. TBWR fonctionne sur un principe de certification payante, avec des frais non remboursables, y compris en cas de refus. Plus problématique encore, l'organisation reconnaît elle-même dans ses conditions générales ne pas garantir «l'exactitude ou la complétude des records publiés». Une clause difficilement compatible avec l'idée même de validation rigoureuse. Deuxième élément troublant : la nature des records homologués. Le site regorge de catégories anecdotiques ou construites sur mesure : du nombre de selfies en quelques minutes à des performances artistiques ultra spécifiques. Rien qui permette une comparaison sérieuse à l'échelle mondiale. Dans ce système, il devient possible de créer une catégorie ad hoc pour maximiser ses chances d'être «recordman». Troisième point : l'absence totale de transparence. Aucun adjudicateur n'est nommé ni aucune expertise indépendante documentée. Le discours sur un prétendu «panel d'experts» reste purement déclaratif. Même les statistiques affichées sur le site apparaissent incohérentes ou non vérifiables. Records mondiaux du Maroc : Musique, contes, football et bijoux anciens Ce type de plateforme s'inscrit dans un écosystème bien identifié, notamment en Inde, où des «agences de records» proposent, contre paiement, des certifications sans valeur probante. Des enquêtes locales ont déjà documenté ce marché, où des distinctions sont attribuées pour des performances triviales, voire insignifiantes. En comparaison, les standards internationaux imposent des critères stricts : catégories définies et comparables, procédures transparentes, juges identifiés et vérifications indépendantes. Rien de tout cela ne se retrouve chez TBWR. Au final, l' «exploit» relayé dans les médias marocains repose sur une mécanique bien rodée de communication et de validation payante en Inde, une sorte d'industrialisation du business de records pour s'afficher et briller en société. Ils se sont déjà fait piéger Le phénomène n'est pas nouveau : plusieurs personnalités publiques et profils exposés se sont laissés séduire par des "books of records" peu crédibles. • Siddaramaiah, ancien Chief Minister du Karnataka (Inde), a été critiqué après avoir mis en avant un certificat délivré par une entité privée, le London Book of World Records, accusée de vendre des distinctions payantes. • Des universitaires et conférenciers indiens ont affiché des records mondiaux sur leurs CV, découverts plus tard comme invérifiables. • À Kochi, au Kerala, mannequins et participants à des événements publics ont payé pour obtenir des certificats officiels… qui n'avaient aucune valeur réelle. • Influenceurs, artistes et organisateurs d'événements se font régulièrement piéger par des catégories sur mesure, créées pour eux moyennant un paiement.