Un peu plus d'un mois et demi après une première intervention de l'Algérie à Ksar Ich, dans la province de Figuig, les soldats du voisin de l'Est s'activent à isoler davantage la zone et y revendiquent leur souveraineté, laissant les habitants au dépourvu. En cette fin mars, l'armée algérienne a coupé la seule route provinciale qui mène à l'oasis frontalière. Photo d'illustration / DR. ‹ › La première intervention de l'armée algérienne à Ksar Ich, le 4 février 2026, n'aura pas été la dernière. Après avoir mis des bornes frontalières unilatéralement dans la zone oasienne et interdit l'accès des cultivateurs marocains à leurs terres, les soldats du voisin de l'est ont mené de nouvelles incursions. En cette fin mars, ils ont interdit le passage des riverains et des habitants de la région vers le village, au niveau de la route provinciale. Les riverains, eux, s'inquiètent au plus haut point de voir le scénario d'El Arja de mars 2021 se reproduire. En effet, les résidents «ont encore plus de raisons de s'inquiéter sérieusement, puisque cette voie est la seule qui mène vers la partie du nord-est où se trouve Ksar Ich par rapport à la province, laissant présager un avenir incertain», a déclaré à Yabiladi Taoufik Allal, membre du Comité de suivi des événements de Ksar Ich. Contacté par notre rédaction, celui qui est également enseignant d'Histoire et spécialiste de la région nous dit que «le sentiment d'insécurité est omniprésent chez les riverains, d'autant que les soldats algériens qui occupent un axe routier aussi vital sont armés et d'hésitent pas à ordonner aux passants de rebrousser chemin». Le traité de 1972 revient au débat Taoufik Allal explique que «la partie algérienne motive son intervention par la mise en œuvre du tracé frontalier, en vertu de la convention bilatérale de 1972». «Elle invoque ce texte et l'interprétation de ses termes descriptifs pour soutenir que cette route provinciale se trouve sur son territoire et non pas sur le côté marocain, d'où cette nouvelle intervention», nous dit le chercheur et acteur associatif, lui-même originaire de Ksar Ich. Figuig, un territoire du Maroc morcelé par l'Algérie Affirmant par ailleurs que «le dialogue entre les concitoyens locaux et les autorités marocaines au niveau de la province n'est pas fermé», Taoufik Allal reconnaît qu'«à ce stade problématique au niveau d'une zone frontalière, les pouvoirs locaux restent limités». Selon lui, «la question est souveraine, elle dépasse donc la dimension territoriale de loin». «Elle est nationale et particulièrement sensible. De ce fait, les éventuelles décisions à prendre ou actions à mener ne peuvent être définies qu'en haut lieu», nous déclare le spécialiste. En attendant, Taoufik Allal reste sceptique quant à une possible alternative de désenclavement. «La géographie de cette zone est elle-même complexe. Dans l'immédiat, il est difficile d'imaginer que nous pourrions mettre en place une autre route provinciale reliant Ksar Ich au reste de la région. Vu la nature du terrain, cela prendra tellement de temps que ce ne sera pas une option pratique pour une situation si urgente», nous dit-il, non sans désarroi. «Nous tenons compte de la sagesse à la fois de nos autorités nationales et de nos Forces de l'armée royale (FAR). Ce que nous pouvons affirmer, à ce stade, est que la population locale tient à sa terre, n'entend pas y céder et que nous espérons une issue pacifique et favorable pour elle.» Taoufik Allal A l'étranger, la diaspora de Ksar Ich se mobilise Au sein du Comité de suivi de la situation à Ksar Ich, une réunion s'est tenue depuis la semaine dernière, avec la participation de nombreux habitants et acteurs associatifs, y compris ceux issus de la diaspora originaire de la région. Parmi eux, Mohamed Talha affirme à Yabiladi que «les riverains vivent un désarroi sans précédent, avec un sentiment d'insécurité totale» Figuig : Les terres d'El Arja, propriétés privées ignorées par les accords maroco-algériens de 1972 «Nous savons que les soldats algériens, au niveau des frontières avec le Maroc, ont déjà procédé à des exécutions sommaires ou à des arrestations, en plus d'accuser faussement des concitoyens de trafic afin de les malmener encore plus», nous a encore déclaré Mohamed Talha. Selon le militant basé à Paris, «la situation est extrêmement dangereuse et menace l'intégrité des habitants». «Après l'accaparement des terres, est venu l'enclavement via la route régionale, ce qui econstitue une escalade extrêmement dangereuse. Nosautorités marocaines devraient prendre les mesures nécessaires et assurer la sécurité des citoyens à ce point de passage.» Mohamed Talha Abordant la réparation des riverains lésés, le militant nous déclare qu'«avant de songer à une nouvelle route comme éventuelle option, ou même à la restitution des terres volées, la population a demandé d'abord à pouvoir exploiter les espaces précédemment expropriés et rattachés au domaine forestier, ne serait-ce que pour soutenir la reprise de l'activité économique, mais cette proposition n'a pas encore eu de suites». Selon le militant, «cette situation exige une solution décisive et réaliste». En sa qualité «parmi les associatifs de la diaspora originaire de la région de Figuig et de Ksar Ich en particulier», il indique que ces derniers «appellent à un soutien moral aux résidents plus que toute autre aide».