José Manuel Peidró, Directeur des opérations Espagne-Maroc CB Richard Ellis Les Echos Quotidien : Quelle est votre appréciation de l'impact de la conjoncture actuelle sur le marché de l'immobilier au Maroc ? José Manuel Peidró : Une attention particulière est portée au renforcement des projets d'infrastructure, tels que le transport, la gestion urbaine ou encore l'énergie et notamment les énergies renouvelables, sachant que le royaume recèle un gros potentiel dans ce domaine. Le segment résidentiel (hors touristique) se porte bien, grâce à une demande intérieure domestique tirée par la croissance économique nationale. Cette émergence récente et progressive de la classe moyenne marocaine suggère aussi un grand potentiel pour les principaux opérateurs commerciaux et enseignes et donc pour les développeurs de centres commerciaux. Comment se porte le marché résidentiel touristique comparativement aux autres segments ? Le climat d'incertitude durant la crise internationale a eu un impact direct sur la demande des produits finis dans le segment résidentiel touristique. En effet, la demande internationale, à majorité européenne, a été fortement touchée. La chute des rythmes de vente a engendré une baisse des prix dans certaines villes, principalement orientées vers une clientèle étrangère. En revanche, le marché résidentiel domestique n'a presque pas été impacté par la crise immobilière, l'offre demeure minime par rapport à la demande. Quelles stratégies d'investissement, faut-il adopter pour résoudre le problème de l'immobilier d'entreprise ? Au Maroc, l'immobilier d'entreprise a récemment fait son apparition, mais son expansion est freinée par la rareté du foncier dédié exclusivement à ce produit. Par ailleurs, quand bien même des terrains urbanisés sont disponibles, ces derniers ont fait l'objet de spéculations excessives en raison de l'engouement des opérateurs de l'immobilier résidentiel et atteignent des niveaux de prix inaccessibles. Malgré cette problématique liée au foncier, nous constatons actuellement une demande clairement exprimée et en constante croissance pour l'investissement dans l'immobilier d'entreprise. L'immobilier d'entreprise est un segment porteur et à fort potentiel de croissance, ayant pour but d'accompagner la croissance économique des pays, en offrant aux nouvelles entreprises et à celles en expansion, des cadres de travail confortables, à des prix adéquats. En outre et à l'instar de l'Europe, les rendements escomptés par les développeurs de zones industrielles, de plateformes logistiques ou de bureaux atteignent des niveaux acceptables, très souvent permis par la mise en place de mécanismes de financement attrayants et à la mobilisation de foncier à des prix permettant d'atteindre les niveaux de rendements escomptés par les investisseurs du marché. À cet effet, il est nécessaire de mettre en place une planification urbaine prévoyant des zones dédiées exclusivement à ce segment de l'immobilier, afin de réduire la spéculation foncière. En outre, hormis les contraintes du foncier, il serait judicieux que l'Etat mette en oeuvre un mécanisme incitatif pour encourager le développement de ce segment de l'immobilier, telle qu'une prise de participation de l'Etat dans les coûts d'infrastructures hors site. Par ailleurs, en vue de promouvoir ce segment, des efforts devraient être fournis dans la mise en place de mécanismes de structuration et de financement de l'investissement relatif, dans le but de donner une dimension institutionnelle à ce secteur. Quelles sont les tendances actuelles du marché marocain de l'immobilier et comment se positionne-t-il ? Le marché marocain aujourd'hui est très attractif pour l'investissement étranger. Le secteur de l'immobilier traverse sans doute une période de transition décisive, caractérisée par des opportunités nouvelles, des prises de décision courageuses, le travail soutenu, faisant appel à la créativité et à la persévérance dans la voie de la professionnalisation de notre secteur. Ceux qui sauront précisément analyser la situation actuelle et adapter leur stratégie en conséquence réussiront à se renforcer dans un secteur amené à connaître une croissance durable pendant de nombreuses années encore. * Le cabinet a organisé un séminaire, le jeudi 21 octobre, à Casablanca.