Les échanges commerciaux du Maroc continuent de progresser en 2025, mais de manière déséquilibrée. Les importations connaissent une croissance nettement plus rapide que celle des exportations, ce qui pèse sur le taux de couverture et contribue à l'alourdissement du déficit commercial. Si la facture énergétique se contracte, la demande intérieure en biens d'équipement et de consommation reste soutenue, tandis que certains segments exportateurs, comme l'aéronautique et les phosphates, parviennent à compenser partiellement le recul observé dans d'autres secteurs. Les importations marocaines poursuivent leur ascension. Sur les onze premiers mois de l'année, elles se sont élevées à 752,34 milliards de DH (MMDH), d'après les données les plus récentes de l'Office des changes. Cette progression demeure nettement supérieure à celle des exportations, qui ont augmenté de seulement 1,8% à 423,54 MMDH sur la même période, soit un rythme près de cinq fois inférieur. Conséquence directe de ce déséquilibre, le taux de couverture des importations par les exportations recule de 4,1 points en glissement annuel pour s'établir à 56,3%. Le déficit commercial, lui, s'accroît de 20,4%, à 28,8 milliards de DH. Importations : seule la facture énergétique recule Les importations marocaines poursuivent leur trajectoire haussière en 2025, toutes rubriques confondues, à l'exception de la facture énergétique, qui s'est contractée de 5,3% à 98,68 milliards de DH. Cette détente est principalement liée à la baisse des prix des gas-oils et fuel-oils (-15%), alors même que les volumes importés augmentent de 6,3% sur un an. Les importations de produits finis d'équipement, elles, connaissent un essor marqué, en hausse de 15% à 181,13 MMDH, soutenues par les achats de voitures utilitaires, d'avions et autres véhicules aériens ou spatiaux, ainsi que de pièces détachées pour aéronefs. Cette dynamique à l'importation des biens d'équipement trouve un relais direct dans le financement domestique : les crédits à l'équipement, principal moteur de l'investissement industriel et logistique, affichent un encours de 278,1 MMDH, en progression annuelle de 23%, selon les derniers chiffres de Bank Al-Maghrib. Pour leur part, les produits finis de consommation progressent de 12,9% à 186,16 MMDH, portés par les voitures de tourisme, les médicaments et les appareils récepteurs radio et télévision. Ce sont cependant les produits bruts qui enregistrent la plus forte croissance relative (+34,9%), mais leur valeur totale n'atteint que 40,49 MMDH. Cette dynamique reflète l'augmentation des achats de soufres bruts et non raffinés, de ferraille et autres minerais, ainsi que d'huile de soja brute ou raffinée. Les demi-produits progressent de 5,9% à 157,95 MMDH, sous l'effet des importations de produits chimiques, de fils, barres et profilés en cuivre et de matières plastiques et ouvrages divers en plastique. Les produits alimentaires affichent une hausse plus modérée (+4,3% à 86,14 MMDH), portée par l'importation d'animaux vivants, de maïs et de tabac, alors que les approvisionnements en blé se contractent légèrement. Ces données sur les importations témoignent d'un phénomène double : d'un côté, la baisse des prix de l'énergie atténue la facture globale, mais de l'autre, la demande intérieure en biens de consommation et d'équipement continue de croître. Ce qui reflète la robustesse de l'économie nationale et des besoins du marché marocain. Exportations : l'automobile recule, l'aéronautique prend de l'altitude Le total des exportations marocaines augmente en 2025, mais la performance sectorielle reste très hétérogène. Les phosphates et dérivés affichent une progression notable de 13,8% à 87,14 MMDH, portée par les ventes d'engrais naturels et chimiques, de phosphates et d'acide phosphorique. L'aéronautique poursuit sa dynamique avec une hausse de 8,5% à 26,26 MMDH, stimulée par l'essor des segments assemblage et câblage (EWIS). L'agriculture et l'agroalimentaire restent quasi stables (-0,2% à 78,80 MMDH), la baisse des exportations de l'industrie alimentaire étant partiellement compensée par l'augmentation des ventes agricoles et sylvicoles. À l'inverse, le secteur électronique et électricité connaît la plus forte contraction (-8,7% à 15,13 MMDH), conséquence de la diminution des composants électroniques, partiellement compensée par la progression des exportations de fils et câbles. Le textile et cuir recule de son côté de 4,7% à 41,1 MMDH, impacté par le repli des vêtements confectionnés et articles de bonneterie. Quant à l'automobile, bien que les ventes diminuent de 3,1% à 141,27 MMDH, le secteur demeure le premier pourvoyeur de devises du Royaume. Cette baisse est principalement imputable au segment construction, tandis que le câblage et les intérieurs véhicules limitent le recul global. Plus globalement, cette disparité sectorielle souligne une dynamique double des exportations marocaines. D'un côté, des branches structurantes, comme l'aéronautique et les phosphates, continuent de tirer le commerce extérieur. De l'autre, des secteurs tels que l'électronique, le textile ou certains segments automobiles, subissent la pression de la concurrence internationale ou la volatilité de la demande. Transferts MRE : 113,53 milliards à fin novembre Les transferts des Marocains résidant à l'étranger (MRE) se sont établis à 111,53 MMDH à fin novembre 2025, soit une progression de 1,6% sur un an. Les recettes voyages affichent une hausse soutenue de 18,7% à 93,99 MMDH, tandis que les dépenses voyages augmentent de 12,7% à 30,15 MMDH. Le solde reste ainsi positif à 124,14 MMDH, en progression de 20,8% par rapport aux onze premiers mois de l'année précédente. Du côté des investissements directs étrangers (IDE) au Maroc, les recettes augmentent de 25,9% à 50,62 MMDH et les dépenses de 38,5% à 23,96 MMDH. Le flux net ressort ainsi à 26,66 MMDH, en hausse de 16,4%. Concernant les investissements directs marocains à l'étranger (IDME), les recettes (désinvestissements) reculent de 30% à 12,85 MMDH tandis que les dépenses (investissements) diminuent de 22,4% à 18,94 MMDH. Le flux net s'établit ainsi à 6,09 MMDH, soit une légère hausse de 1%. Abdelhafid Marzak / Les Inspirations ECO