À fin février 2026, le commerce extérieur marocain reste marqué par un déficit important des échanges de marchandises, malgré la bonne tenue de l'automobile et de l'aéronautique. En parallèle, les services, le tourisme et les transferts des MRE jouent un rôle d'amortisseur, alors que le ralentissement des IDE vient assombrir un tableau extérieur encore contrasté. Malgré l'élan des services et de l'automobile, le commerce extérieur reste sous tension. Les derniers indicateurs mensuels de l'Office des changes dessinent une économie extérieure à deux vitesses. D'un côté, le commerce de marchandises demeure déséquilibré. À fin février, les importations ont atteint 126,4 milliards de dirhams (MMDH), en hausse de 1,9% sur un an, tandis que les exportations se sont établies à 74,8 milliards, en progression de 2%. Résultat, le déficit commercial s'est encore creusé, à 51,6 MMDH, soit de 1,7%, même si le taux de couverture s'est légèrement amélioré, à 59,2%. Le commerce des biens reste déficitaire Cette dégradation reste toutefois contenue par un mouvement de recomposition des achats extérieurs. La facture énergétique s'allège nettement, de 15,7%, sous l'effet du recul des approvisionnements en gasoil, fuel-oil et gaz de pétrole. Les importations de produits alimentaires reculent aussi de 14,4%, tirées vers le bas par le sucre, les animaux vivants et les dattes. Mais ces replis sont compensés par la poussée des achats de biens d'équipement, en hausse de 14,5%, des produits finis de consommation (+9,3%), et des produits bruts, qui on bondi de 32,9%. Les besoins de l'appareil productif restent donc élevés, en particulier dans l'aérien, l'automobile et pour certains intrants industriels. Il en est de même pour l'approvisionnement en blé, lequel a grimpé de 264 millions de dirhams (MDH). Le détail des importations indique que les biens de consommation représentent à eux seuls un peu plus du quart des achats extérieurs, soit 32,4 MMDH, portés par les pièces et parties de voitures de tourisme ainsi que par les véhicules de tourisme. Les biens d'équipement suivent de très près, avec 31,5 MMDH, soutenus par les parties d'avions, les voitures utilitaires et les aéronefs. Autrement dit, la hausse des importations ne traduit pas seulement une pression sur la demande intérieure, mais aussi la montée de chaînes industrielles plus intensives en composants et en équipements. En face, les exportations de marchandises progressent modestement, mais leur architecture évolue. Le secteur automobile, avec 26 MMDH, demeure le grand moteur des ventes marocaines à l'étranger, concentrant près de 35% des exportations de biens. Sa hausse de 10,3% repose sur le câblage et la construction, malgré le recul du powertrain. L'aéronautique confirme aussi sa bonne tenue, avec une progression de 16,5%, portée par l'assemblage. En revanche, les phosphates et dérivés reculent de 16,5%, l'agriculture et l'agroalimentaire de 3,7%, tandis que le textile et cuir perd 9,2%. Le commerce extérieur apparaît ainsi davantage dépendant des métiers industriels que des filières traditionnelles. Les amortisseurs du choc extérieur C'est toutefois du côté des services que l'amélioration la plus nette se fait sentir. L'excédent de la balance des services atteint 26,3 MMDH, en hausse de 14,4%, grâce à une augmentation des exportations de services de 13,3%, un peu plus rapide que celle des importations, en hausse de 12,1%. Si l'on additionne les biens et les services, le déficit extérieur se réduit à 18,9 MMDH, contre 20,8 MMDH un an plus tôt, et le taux de couverture remonte à 86%. Le contraste est frappant avec le seul commerce de marchandises, toujours déficitaire. Par ailleurs, les recettes touristiques ont bondi de 22,2% sur un an pour atteindre 21,4 MMDH, alors que les dépenses des Marocains résidant à l'étranger (MRE) sont restées quasi stables, à 5,1 MMDH. Le solde voyages grimpe ainsi à 16,3 MMDH, en hausse de 31,9%. Cette performance confirme que le tourisme reste, au début de 2026, l'un des premiers amortisseurs du déséquilibre commercial du Royaume. Les transferts des MRE continuent, eux aussi, de progresser, mais à un rythme plus modéré. Ils atteignent 18,5 MMDH, contre 17,8 milliards un an auparavant, soit une hausse de 4,2%. Le tableau est en revanche plus contrasté sur le front des investissements. Les recettes d'investissements directs étrangers (IDE) au Maroc chutent de 28,4% et les dépenses associées reculent de 23,4%, ramenant le flux net IDE à 4,5 MMDH, en baisse de 30,8%. Dans le même temps, les investissements directs marocains à l'étranger augmentent, côté dépenses, de 3,6%, tandis que les recettes diminuent de 16,1%, ce qui porte leur flux net à 1,48 MMDH, en hausse de 69,8%. Le Maroc continue ainsi d'attirer davantage de capitaux productifs qu'il n'en déploie à l'étranger, bien que le ralentissement des IDE interpelle. En somme, les statistiques de l'Office des changes à fin février 2026 reflètent une économie extérieure qui résiste sans encore se rééquilibrer pleinement. L'industrie exportatrice, au premier rang de laquelle l'automobile et l'aéronautique, tient son rang. Le tourisme et les services apportent un soutien décisif et les transferts des MRE restent robustes. Mais la balance commerciale des biens demeure profondément négative, et le reflux des phosphates comme celui des IDE entrants rappelle que les points d'appui du commerce extérieur marocain restent inégalement répartis. Maryem Ouazzani / Les Inspirations ECO