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L'Algérie... pays riche, citoyens pauvres !
Publié dans Les ECO le 15 - 02 - 2010

3e PIB de l'Afrique, 1er pays d'accueil d'IDE de la zone MEDA, 9e exportateur du pétrole au monde l Le taux de chômage le plus élevé au Maghreb : 11,3%
L'économie algérienne a reposé pendant près d'un quart de siècle sur le dirigisme voire le nationalisme avant que le choc pétrolier de 1986 ne change la donne. Le fardeau de financement du plan d'industrialisation, qui s'est avéré un fiasco, a fini par avoir raison de l'économie du pays. Puis vint le temps du fameux plan d'ajustement structurel du FMI. Dès le début des années quatre-vingt-dix, la rente pétrolière et gazière commence à faire surface. L'Algérie allait devenir une puissance continentale sur le plan d'exploitation des richesses hydrocarbures. Aujourd'hui, elle est classée troisième puissance économique de l'Afrique, avec un PIB de 171,3 milliards de USD, derrière l'Afrique du Sud avec 300,4 milliards USD et le Nigéria avec 220,3 milliard USD.
L'arme fatale
L'Algérie est le 5e producteur et 4ème exportateur de gaz naturel au monde. Elle est aussi le 13e producteur et 9e exportateur de pétrole. Elle mérite donc bien sa qualité de pays pétro-gazier et son adhésion à l'Opep. A ce niveau, deux chiffres s'imposent. D'abord, une réserve de change de 146 milliards de $ à fin novembre 2009. Ensuite, une prédominance des hydrocarbures : 97% du total des exportations. Cette situation, favorisée par une augmentation vertigineuse du cours du pétrole depuis 2005, a donné lieu à un remboursement massif de la dette extérieure. Aujourd'hui, celle-ci est estimée à 486 millions USD contre 4,5 milliards USD en 2007 (33 milliards USD en 1996).
L'âge d'or du pétrole a fait de l'Algérie, aussi, le leader de la région MEDA en termes de flux d'investissements. Car en dépit du climat d'affaires peu encourageant, le pays est arrivé quand même à attirer 5,8 milliards de $ en 2008 contre 2,5 milliards en 2003, d'investissements dédiés quasi exclusivement à la recherche et l'exploitation d'hydrocarbures. Cette donne s'est répercutée sur le taux de croissance qui évolue dans une tendance haussière depuis 2001, passant de 2,1% à un taux moyen de 5,3% sur la période 2005-2009 avec un pic en 2003 à 6,8%. Mais en dépit de toutes ces richesses, l'Algérie n'est pas arrivée à mettre au point une réforme agraire fiable. Tous les projets adoptés à ce sujet n'ont point atteint les objectifs escomptés. Résultat immédiat : une quasi-dépendance totale de l'étranger en matière d'approvisionnement. Un point noir dans la sécurité alimentaire du pays, qui refuse toujours d'ouvrir ses frontières au Maroc quoi que cette ouverture serait salutaire à cette inquiétante «insécurité alimentaire».
Stratégie décriée
Sur le plan budgétaire, la balance des paiements se porte bien avec un excédent budgétaire de +3,5% en symbiose avec des rentrées de devises exceptionnelles. En revanche, l'Algérie a adopté au courant de l'année passée des mesures de restriction à l'égard des importations. Ainsi, tous les partenaires économiques de l'Algérie en ont souffert. Le Maroc aurait perdu un milliard de dirhams. Mais ceux qui ont pâti le plus, ce sont la France et à un degré moindre l'Espagne. Cette politique critiquée par l'OMC, à laquelle l'Algérie n'a pas encore adhéré, aurait permis, selon les services douaniers, d'épargner quelque 17 milliards de dirhams. Mais les économistes occidentaux ne voient pas d'un bon œil cette politique que d'aucuns qualifient tout simplement «de tendance vers une forme d'autarcie assassine». Quoique la France soit le premier client et fournisseur, et donc le partenaire de référence, l'Algérie a tendance à minimiser cette «dépendance», notamment avec des relations politiques en dents de scie. A cet égard, il y a lieu de constater un intérêt grandissant pour les affaires avec les Etats-Unis et à une moindre mesure avec le Canada via l'Alliance d'Affaires Canada-Algérie (AACA). En revanche, la coopération sud-sud demeure le point faible de l'Algérie qui préfère le volet politique en monnayant les positions de certains pays pauvres contre de la charité !
Rente et... honte !
A Hussein-Dey ou Bab El Oued, quartiers pauvres d'Alger, les jeunes passent leur temps à guetter des passeurs et mettre en place des plans pour passer de l'autre côté de la rive de la Méditerranée. De futurs «harragas». Les niveaux de chômage très élevés ne laissent malheureusement pas d'alternative à cette tranche de population de plus en plus nombreuse.
Comment expliquer qu'un pays qui a une importante réserve de change n'arrive pas à créer de la richesse pour sa population ? Que dire de ces responsables algériens qui privilégient des pratiques favorisant l'économie de rente au mépris de la sacro-sainte bonne gouvernance ? Essayons de décrypter ces paradoxes. 146 milliards USD de devises «stockées» et un niveau de vie modeste. 5,5 milliards USD d'IDE et 11,3% de taux de chômage ! Où passe donc la manne du gaz et pétrole ? A quoi servent tous ces milliards s'ils ne haussent pas le niveau de vie du citoyen algérien ?
Beaucoup de choses se disent à propos de la gestion des finances publiques. La presse algérienne avait pointé du doigt, à plusieurs reprises, les généraux. Et l'affaire Sonatrach est là pour en témoigner, au moment où toute la presse algérienne a crié au scandale et accusé le PDG du mastodonte des hydrocarbures de détournement de fonds. Et au moment où tous les Algériens s'attendaient à des procès en cascade, le Premier ministre a préféré temporiser en accusant la presse d'exagérer ! Cela rappelle un certain scandale concernant l'ami d'éminentes personnalités... l'affaire Khalifa. Quant aux interminables contrats d'armement, c'est une autre histoire.
Rien de nouveau dans tout cela. Toute l'Algérie en parle. Et le train de vie du simple citoyen en pâtit. Les grèves se succèdent et ne se ressemblent pas, au moment où l'Algérie devrait être un modèle dans le Maghreb et toute l'Afrique.
La militarisation du régime, les séquelles de la guerre contre le terrorisme, l'hégémonie de l'économie de rente, ont laissé l'Algérie meurtrie.
Et c'est dommage ! Le décollage socioéconomique de nos voisins et leur ouverture à leur environnement géographique auraient contribué à un développement régional phénoménal. Apparemment ce n'est pas la priorité des dirigeants algériens !


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