La sélection marocaine a finalement pu tuer tout sentiment chauvin en son public, qui se permet désormais d'acclamer les buts de l'adversaire tellement l'attente de prestations réconfortantes s'est faite longue. Dimanche dans les cafés, le public n'affichait aucun enthousiasme et manquait d'attention. On ne pouvait pas leur en vouloir, encore moins lorsqu'on jette un coup d'œil sur la formation de départ. L'équipe nationale marocaine a posé son menton à terre depuis près d'une décennie, et ce n'est pas Rachid Taoussi qui en sera la planche de salut. Depuis la fameuse finale de 2004, les Marocains n'ont cesse d'appréhender une autre campagne digne des anciennes générations (qui n'étaient pas les seigneurs du continent mais qui regorgeaient quand même de talents et de combativité). Toutefois, les matchs se succèdent et diffèrent, mais le constat reste le même : nos « Lions » sont exactement dans le même état que leurs semblables du Zoo de Aïn Sebaâ, molassons et vieillissants. La semaine dernière nous rappelait beaucoup la phase où Eric Gerets (que l'on regretterait presque) était coach national. Taoussi en est visiblement fan, puisqu'il a préféré gâter ses protégés dans un hôtel luxueux de Dubaï (impliquant une bagatelle de quelques millions de dirhams comme d'habitude) tout comme le Belge avait élu Marbella comme lieu de préparation pour une compétition au Gabon et en Guinée Equatoriale (CAN 2012) ! Des choix excentriques qui dénotent soit d'une vision complètement erronée et à côté de la plaque, soit d'une nonchalance et d'un manque de respect envers un public qu'on prend pour dupe. Avant d'entamer la campagne de préparation du match contre la Tanzanie, le coach et son staff étaient conscients que ce match était crucial. Tout autre résultat qu'une victoire allait nous ramener à des calculs qu'on commence à haïr du fin fond du cœur, et qui nous ont écœurés à chaque fois que le Maroc était engagé dans une poule ces dernières années. C'était sans compter sur le défaitisme et le relâchement des nôtres qui se font de plus en plus dépendants de la médiocrité. Une étiquette qui collera au dos de l'équipe nationale contre son gré et pour encore bien longtemps, tellement les entraîneurs et les gestionnaires qui se sont succédé dans l'encadrement du football national semblaient préoccupés par autre chose que les résultats et la réputation de l'équipe. Les boulevards de la défense marocaine La liste des joueurs retenus par le sélectionneur national n'inspirait déjà pas confiance. Affligé par le comportement de certains pros en Europe durant la CAN 2013, Taoussi s'est finalement rendu à l'évidence que la présence d'une majorité de joueurs de la Botola serait beaucoup plus apaisante. L'ancien coach du MAS pensait faire d'une pierre deux coups : répondre au réclamations du public et assainir le climat au sein des vestiaires. Il se mettait le doigt dans l'œil. Çela aurait pu fonctionner s'il avait su appliquer le dosage convenable des professionnels évoluant à l'étranger. Qui d'entre nous n'aurait pas remarqué la transparence des Belghazouani, Chafni, et Bergdich ? D'autre part, des noms comme Benatia ou El Kaoutari ont été boudés. On nous dira que le premier était blessé, mais il a bel et bien joué en Italie au cours de la semaine dernière. La présence de ces deux noms nous aurait épargné le spectacle prosternant d'Abderrahim Chakir qui se faisait massacrer en charnière centrale par l'ailier virevoltant des Taifas Stars Thomas, et de Younes Hammal son coéquipiers aux FAR de Rabat et Younes Belakhdar. Des profils de joueurs qui peuvent assurer en Botola Pro mais qui se font sûrement croquer vifs en matchs internationaux. On aurait bien aimé savoir si Rachid Taoussi aurait osé aligner la même défense face à la Côte d'Ivoire, sûrement pas. Pour la ligne offensive, on s'est déjà égosillé à déplorer le désordre qui marque les attaques marocaines et le jeûne des fers de lance marocains, en vain. Taoussi serait-il déjà à cours d'armes, dépourvu et déboussolé devant une hémorragie qu'il se contente de déplorer ? Ses déclarations d'après-matchs portent en tout cas des éléments de réponses. Une rafale de réactions ardentes Au terme de la rencontre, l'entraîneur n'a pas trouvé mieux que de se demander « Il faut que je marque moi-même ? ». On ne nie pas qu'on aurait apprécié voir ça, mais Taoussi semblait manquer d'arguments pour justifier ce naufrage. Il a également décrié « la naïveté » de la défense, tout comme il l'avait fait lors du troisième match du Maroc en CAN 2013 face à l'Afrique du Sud. Les deux mois qui ont suivi l'élimination n'ont paraît-il pas suffi à régler ne serait-ce qu'un seul problème. Pire, ils ont été marqués par des choix plus inappropriés et ont démontré les limites d'un coach qui n'a pas su remédier aux carences qui accablent son effectif. Bref, Rachid Taoussi a essayé de trouver toutes les excuses et a reproduit le même discours qu'il avait récité au cours de la dernière CAN, mais n'a jamais pensé à reconnaître l'échec ni à assumer ses responsabilités. Plusieurs entraîneurs nationaux sont sortis de leur mutisme après le 3-1 contre la Tanzanie, dont Baddou Zaki qui s'est montré révolté. L'ancien sélectionneur s'est demandé quelles étaient les raisons qui ont motivé les choix de Taoussi et pourquoi ce dernier n'a pas gardé le même Onze qui avait disputé la rencontre contre l'Afrique du Sud (2-2). Zaki a également remis en question la présence massive des joueurs de la Botola Pro, puisque « plusieurs d'entre eux ne méritent toujours pas de porter les couleurs nationales ». Ce qui est sûr, c'est que Rachid Taoussi n'est quasiment plus investi de la confiance du public, qui n'a jamais acclamé le natif de Sidi Kacem depuis sa nomination à la tête de l'équipe. On espère seulement que le changement surviendra avant que l'image du football marocain ne soit ternie et traînée dans la boue davantage. On croise les doigts pour qu'on nous évite un coup de théâtre comme le fameux « casting » effectué avant la désignation de l'actuel coach.