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Alerte du CESE : Périlleuse équation pour notre recherche scientifique
Publié dans L'opinion le 29 - 10 - 2025

La science marocaine avance, mais sur un terrain fragile. Dans son dernier rapport, le Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) met en garde contre les limites d'un modèle de recherche qui progresse en apparence, mais qui peine à transformer son potentiel en innovation réelle. Malgré des indicateurs en hausse, presque 15.000 publications scientifiques, 44.000 doctorants et un réseau d'Universités en expansion, le pays reste freiné par un financement trop faible, une gouvernance éclatée et une absence de passerelles avec le secteur productif. Entre ambitions technologiques et inerties structurelles, le Maroc scientifique se retrouve à la croisée des chemins : bâtir une stratégie nationale de recherche cohérente ou risquer de voir son essor intellectuel s'essouffler avant d'avoir porté ses fruits.
Le Maroc a, ces dernières années, renforcé la structuration de son écosystème scientifique, avec 142 établissements universitaires, 33 établissements publics non universitaires et 19 instituts de recherche. Le pays compte 23.293 enseignants-chercheurs et 43.970 doctorants en 2023-2024, soit une croissance significative en une décennie.
La production scientifique s'est, elle aussi, densifiée : le nombre de publications indexées dans Scopus est passé de 3.966 en 2013 à 14.961 en 2023, et celui des publications référencées dans Web of Science a presque triplé. Or, ces indicateurs, qui traduisent un dynamisme réel, l'indiquent comme encore inférieur aux standards internationaux, notamment face à des pays émergents comme la Malaisie ou le Brésil.
Pour le CESE, cette montée en puissance reste freinée par un manque de couplage entre la recherche académique et les besoins de l'économie réelle, limitant la transformation des connaissances en innovations concrètes. Les passerelles entre Universités et entreprises demeurent ponctuelles, les collaborations encore «trop fragmentées» et la valorisation des brevets largement insuffisante : 156 brevets universitaires ont été déposés en 2023, mais leur exploitation industrielle reste marginale.

Un financement structurellement faible

Le rapport met en évidence une faiblesse chronique du financement de la recherche. La dépense intérieure brute en R&D (DIRD) ne dépasse pas 0,75% du PIB, loin de la moyenne mondiale (2,68%) et européenne (2,24%). Ce financement reste essentiellement public, la contribution du secteur privé ne représentant qu'environ 30%.
Le CESE recommande un objectif de 3% du PIB d'ici 2030, en encourageant une mobilisation accrue du capital privé. Le Fonds national pour la recherche scientifique et le développement technologique (FNRSDT), principalement alimenté par les opérateurs de télécommunications, a vu ses recettes reculer de 611 millions de dirhams en 2020 à 484 millions en 2023.
Les régions, bien qu'impliquées dans la recherche appliquée, concentrent leurs investissements sur les infrastructures, sans effet structurant sur la valorisation technologique ni la création d'entreprises innovantes.

Des dispositifs juridiques inachevés et une gouvernance éclatée

Si la loi n°01.00 et la loi-cadre 51-17 ont jeté les bases d'un système national de recherche et d'innovation, leur mise en œuvre reste «inachevée». Le CESE note que plusieurs dispositions clés, telles que la possibilité pour les universités de créer des filiales de valorisation, ne sont toujours pas opérationnelles.
De même, le Conseil national de la recherche scientifique, instauré en 2021 pour piloter la coordination entre acteurs publics et privés, ne dispose pas de prérogatives suffisantes. Depuis sa création, une seule réunion a été tenue, preuve, selon le CESE, d'un manque d'effectivité.
Le rapport relève aussi une fragmentation institutionnelle : chaque département ministériel développe ses propres initiatives – «Maroc Innovation», «Maroc Digital», ou encore le «Pacte ESRI 2030» – sans coordination ni vision unifiée. Cette absence de convergence compromet l'efficacité des politiques publiques et dilue les efforts de recherche et d'innovation.

Des freins structurels à la performance scientifique

Le CESE dresse un constat préoccupant : la complexité des procédures administratives et financières freine l'exécution des projets scientifiques. Les contrôles a priori, la lenteur des décaissements et la rigidité des grilles indemnitaires découragent les chercheurs.
Les taux d'engagement budgétaire des Universités ne dépassent pas 30% pour les investissements scientifiques. De plus, l'absence d'un statut distinct pour les chercheurs à temps plein pénalise leur reconnaissance et leur rémunération. En 2023-2024, 34% des enseignants-chercheurs avaient plus de 55 ans, ce qui accentue le besoin urgent de renouvellement des effectifs.
S'ajoute à cela une évaluation non systématique du rendement scientifique : contrairement aux pratiques internationales, le Maroc ne dispose pas d'un cycle régulier d'évaluation quinquennale des institutions de recherche, empêchant toute mesure d'impact socio-économique réelle.

Des réussites sectorielles révélatrices

Malgré ces contraintes, plusieurs success stories illustrent le potentiel d'innovation du pays. Dans la santé, le Maroc a développé des antibiotiques innovants et des médicaments génériques à bas coût. Dans les industries extractives, des procédés brevetés ont permis de valoriser des gisements miniers non exploitables, notamment dans le stockage d'énergie par batteries lithium-ion. Le rapport cite également l'émergence de drones civils et militaires issus de la recherche nationale, ainsi que la valorisation technologique dans les secteurs du digital et de l'agroalimentaire.
Ces exemples montrent, selon le CESE, que lorsque les conditions de financement, de coordination et de gouvernance sont réunies, la recherche marocaine peut se transformer en innovation compétitive et contribuer directement à la croissance. Face à ces constats, le Conseil appelle à une stratégie nationale de recherche scientifique, de développement et d'innovation (RDI), coordonnée et alignée sur les priorités économiques du Royaume.
Parmi ses recommandations phares : la refondation de la loi n°01.00 et d'en adopter les textes d'application afin de renforcer l'autonomie des Universités, tout en instaurant un cadre spécifique pour les chercheurs et doctorants à temps plein. Il préconise également de doter le Conseil national de la recherche scientifique de moyens lui permettant d'assurer un véritable pilotage stratégique, d'encourager une implication accrue du secteur privé dans le financement de la R&D, et de créer des structures régionales de transfert technologique pour valoriser les résultats de la recherche et soutenir l'émergence de startups innovantes.

Trois questions au Pr Khalid Bougrin
« Notre recherche scientifique souffre d'un manque de moyens, de valorisation et de relève »

* Vous évoquez un affaiblissement du soutien public à la recherche universitaire au Maroc. Quelle est la réalité sur le terrain ?
Le constat est clair : depuis près de vingt ans, le financement public de la recherche s'est considérablement affaibli. Les laboratoires fonctionnent essentiellement grâce aux projets obtenus sur appels à projets ou à des partenariats européens. Les budgets alloués par les Universités sont devenus quasi inexistants. Ce déficit de moyens a des répercussions directes sur la qualité de la formation par la recherche : manque d'équipements, de réactifs et de matériel pour les travaux pratiques. En chimie, par exemple, il est difficile d'assurer une production scientifique régulière sans ressources de base. Faute de financement, la recherche universitaire ne parvient plus à remplir pleinement son rôle de moteur d'innovation et de formation de compétences qualifiées.

* Le CESE note pourtant que les Universités marocaines produisent quatre fois plus de brevets que les entreprises. Pourquoi cette recherche publique peine-t-elle à se transformer en innovation industrielle ?
Parce que ces brevets restent souvent théoriques. Les chercheurs déposent des brevets, mais sans réelle passerelle vers l'industrie. En chimie, breveter une molécule suppose un long processus – parfois vingt ans – avant son application concrète. L'Université produit donc davantage d'articles scientifiques que d'innovations industrialisables. Or, pour qu'un brevet ait un sens, il faut une plateforme industrielle capable de le valoriser. Ce lien n'existe pas encore. Certaines Universités affichent fièrement un nombre élevé de brevets, mais très peu ont débouché sur une exploitation économique. C'est une recherche compétitive en apparence, mais sans véritable impact industriel. La valorisation doit devenir le cœur de la politique scientifique nationale, pas seulement un indicateur de prestige.

* Le Maroc ambitionne de porter à 3% du PIB le budget consacré à la recherche d'ici 2030. Selon vous, cet objectif est-il réaliste ?
L'objectif est louable mais difficilement atteignable sans refonte structurelle. La recherche repose sur trois piliers : un laboratoire équipé, un encadrant motivé et un doctorant soutenu. Or, aujourd'hui, les laboratoires manquent de ressources, les enseignants-chercheurs vieillissent et les bourses des doctorants sont dérisoires. Beaucoup d'étudiants brillants abandonnent faute de moyens. Il faut revaloriser la bourse d'excellence, restructurer les centres de recherche autour de thématiques cohérentes et créer un environnement de stabilité et de reconnaissance pour les chercheurs. Sans cela, l'augmentation du budget ne se traduira pas par une meilleure production scientifique.


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