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Rencontre entre Pr Dahi et Dr Stéphane Michineau : Tout sur une légende des lettres nommée Colette
Publié dans L'opinion le 19 - 09 - 2016

Stéphanie Michineau est docteur en littérature française et spécialisée des œuvres de Colette) vient de publier son dernier ouvrage « Colette, Par-delà le bien et le ma ?, Mon Petit Editeur,2011 ». Professeur Mhamed Dahi ( Critique Marocain et professeur de la littérature arabe à l'université MohamedV Rabat) a publié récemment un compte sur ce livre au supplément culturel « Alitihad Alichtiraki) ( Esthétique de désir dans les œuvres de Colette, 3 Février 2012) et a réalisé l'entretien suivant avec Stéphanie Michineau. :
M. Dahi/: La trahison est un thème majeur dans les romans de Colette. Est-elle une réaction à l'infidélité de son époux Willy ? »
S. Michineau / Je suis d'accord avec vous lorsque vous dites que « la trahison est un thème majeur dans les romans de Colette » et principalement, ajouterais-je, dans les trois livres que j'ai étudiés dont c'est en effet un leitmotiv (bravo pour votre perspicacité) et que vous en déduisez avec non moins de justesse qu'elle est une réaction à l'infidélité de son époux Willy... En effet, bien que Colette elle-même dans Mes Apprentissages (1936), livre dans lequel elle retrace sa vie conjugale avec Willy, minimise l'impact qu'ont eues sur elle les nombreuses infidélités de son mari (en réalité, elle eut beaucoup moins d'humour) et l'on sait par recoupement et témoignage biographiques que la jalousie déclenchait chez elle de véritables crises. C'est d'ailleurs à celle-ci que l'on peut imputer la maladie de Colette qui perdura un certain temps lors de son mariage avec Willy.
D'un point de vue cinématographique, l'on peut distinguer la première partie du téléfilm sur Colette de Nadine Trintignant, téléfilm en deux parties intitulé Colette, Une femme libre qui (bien que le téléfilm ait été critiqué pour des libertés avec la biographie de Colette) a mis en avant cet aspect. On perçoit très bien à travers l'actrice qui interprète le rôle de Colette (pour la petite histoire ou plutôt horrible, l'actrice Marie Trintignant, fille de la réalisatrice, est morte elle-même presque à la fin du tournage rouée de coups par son amant de l'époque, le chanteur du groupe Noir Desir, Bertrand Cantat), le bouleversement et le cataclysme que provoquait Willy en elle par ses mensonges répétés. Colette parle à son propos de « génie balzacien du mensonge ».
M. Dahi/: Vous avez donné une grande importance à l'analyse thématique mais peu d'importance aux traits de l'écriture romanesque. Pourquoi ? »
S. Michineau / C'est en effet un parti pris de ma part car Colette : par-delà le bien et le mal ? » (éd. MPE, 2011) s'insère, comme vous savez, dans un Triptyque que j'ai élaboré sur Colette composé avec celui-ci qui « boucle la boucle » de L'Autofiction dans l'œuvre de Colette (éd. Publibook, 2008) et Construction de l'image maternelle chez Colette de 1922 à 1936 (éd. Edilivre, 2009). Je l'ai d'ailleurs signalé dans la préface.
J'avais fini ce premier pan L'Autofiction dans l'œuvre de Colette par un paragraphe sur la morale beaucoup plus axé justement sur l'aspect romanesque : en fait, dans un premier pan de son oeuvre, elle a eu tendance à mettre en avant l'aspect scandaleux de sa vie suivant l'adage bien connu et que connaissait Willy (qui a d'ailleurs signé ses premiers livres à sa place) : « Le scandale fait vendre ». Par contre, dans une seconde partie de vie, que l'on peut situer bien évidemment à sa séparation d'avec Willy, elle aurait tendance à faire de Willy un bouc émissaire et à mettre à distance ce passé sulfureux pour se composer une image de respectabilité sociale.
Pour ce faire, on le voit (ou plutôt entend) très bien dans ses entretiens accordés avec André Parinaud en 1950 où elle s'offusque de sa curiosité. Un nombre incalculable de photos la montre également stylo à la main, à l'écritoire, l'air grave, afin que la postérité la reconnaisse comme un écrivain à part entière.
M. Dahi/: Des rumeurs circulaient sur la perversion odieuse de Colette et son engouement pour l'homosexualité. Sont-elles vraies ou fausses (des confusions entre le factuel et le fictionnel) ? »
S. Michineau / Disons que dans mon dernier essai Colette : par-delà le bien et le mal ?, j'ai voulu montrer en effet ce que l'homosexualité féminine recouvrait pour Colette. Loin d'être une perversion ou « un jeu sans importance » (comme les mœurs de l'époque assimilaient l'homosexualité féminine), elle y voit au contraire un réconfort, l'épanchement d'un sentiment profond, presque maternel. Je fais d'ailleurs de ce thème une analyse poussée, comme vous savez M. Dahi, dans le deuxième chapitre du livre.
Toutefois, il serait bon de rappeler que Colette a été mariée trois fois. On pourra donc parler à son égard de bisexualité et non d'homosexualité au sens propre du terme. Mais pour être parfaitement juste, l'on ne saurait ignorer le narcissisme de Colette et un certain goût du scandale lorsqu'elle s'affiche avec son amante de l'époque, la marquise de Morny (Missy pour les intimes) sur scène.
Dans Colette : par-delà le bien et le mal ? , j'ai toutefois replacé l'homosexualité dans son contexte. L'homosexualité féminine était tolérée mais celle masculine pas du tout.
M. Dahi/ portant sur la pertinence de reprendre le titre de Nietzsche: Au-delà le bien et le mal ? Pourquoi avoir choisi ce titre ? »
S. Michineau / J'ai choisi le titre Colette : par-delà le bien et le mal ? comme un clin d'œil à Nietzsche et à son livre Par-delà le bien et le mal (titre précis) car j'ai voulu nourrir mon essai de littérature française d'une question philosophique (On notera le point d'interrogation qui n'est pas chez Nietzsche). Colette est-elle immorale, amorale ou morale ?
Si vous le permettez, M . Dahi, je ne souhaite pas trop développer ce point dans l'entretien qui nous réunit ce jour car Colette : par-delà le bien et le mal ? est justement à l'heure actuelle en train de faire l'objet d'un compte rendu sous cet angle... l'angle philosophique, par M. Jean Zaganiaris (enseignant-chercheur à Rabat, au Maroc). Je songe moi-même à aborder ce point dans un article, qui trouverait accueil (sous réserve d'acceptation) dans la revue trimestrielle francophone internationale de littérature et philosophie « Alkémie » dirigé par Mme Mihaela-Gentiana Stanisor dont le credo est la transdisciplinarité entre littérature française et philosophie.
M. Dahi/: De quelle façon êtes-vous impliquée dans l'univers
de Colette ? »
S. Michineau / Quand vous utilisez le terme d'implication, vous utilisez un terme fort mais c'est en effet, celui qui convient ici. Vous le faites donc à bon escient et je vous remercie de votre sagacité.
Je vais reprendre un à un les essais qui composent mon Triptyque sur Colette :
Pour L'Autofiction dans l'œuvre de Colette qui correspond, comme vous savez, à ma thèse remaniée pour publication en 2008 chez Publibook, le sujet a été choisi (c'est d'ailleurs, le seul) par ma directrice de thèse. C'est donc avant tout à elle que le concept d'autofiction « parlait ». Je ne savais pourquoi à l'époque (en 2007) et n'ai pas cherché à le savoir. Par contre, cela s'est révélé à moi lorsque Michèle Raclot (c'est le nom de mon ancienne directrice de thèse) a publié en 2010 aux éditions L'Harmattan un livre intitulé : 28 mai 1940 Le jour où le Brazza s'est englouti qui relate la disparition de son père dans le naufrage du Brazza alors qu'elle n'avait que huit mois, sa mère ne s'étant jamais remariée depuis. Ce livre, très poignant, se situe entre fiction (favorisant une quête du père, « une recherche du père » ainsi qu'elle emploie l'expression elle-même) et réalité puisque le naufrage est un fait historique.
J'en viens, si vous voulez bien, à mon implication personnelle. Michèle Raclot me connaissant bien puisqu'elle m'a suivie tout au long de mes recherches en littérature française de 1995 à 2007 qui s'étendront sur plus de douze ans donc, il s'est tissé au fil des ans une connivence entre nous et de professeure, j'emploierais même le terme de Pygmalion qu'elle a été pour moi à maints égards puisqu'elle m'a aidée d'une certaine façon à accoucher d'une part de moi-même qui s'est révélée par l'écriture, un lien d'amitié s'est tissé entre nous au fil des ans. D'ailleurs, à l'heure actuelle, nos liens avec Michèle sont de l'ordre de l'amitié...
En ce qui concerne Construction de l'image maternelle chez Colette de 1922 à 1936, j'ai révélé la genèse d'où provient la production de l'essai : du drame de la mort de ma mère en 1997. Le livre répond en partie à des questions que je me posais à l'époque. D'ailleurs, depuis, j'ai fait le triste constat suivant dont je me garderais bien par contre de tirer des conclusions hâtives : Colette n'a pas écrit sur sa mère de son vivant, elle l'a fait dix ans après puisque La Maison de Claudine où apparaît pour la première fois la figure de sa mère est sortie à publication en 1922. De mon côté (hasard, coïncidence, inconscient du texte... Colette ne parlait-elle pas elle-même d'une certaine magie de l'écriture ?), Construction de l'image maternelle chez Colette de 1922 à 1936 est sorti en 2009 soit dix ans après (justement !) son élaboration qui datait de 1999 (soit deux ans après la disparition de ma pauvre mère). La première année, je n'ai rien pu écrire, le choc était trop rude. J'ai commencé à écrire de 1998 à 2000 précisément (date de mon inscription en master II).
La trame de mon dernier essai, quant à lui, Colette : par-delà le bien et le mal ? date de 1997 puisque la genèse de l'essai provient de mon mémoire de master I que j'ai retravaillé en profondeur pour la publication récente. J'avais donc 25 ans à l'époque et vivait mon premier amour (du moins, celui qui compte !) avec celui qui m'accompagna de sa présence inoubliable pendant 15 ans, mon compagnon, mort, hélas, depuis... d'un cancer, il y a 2 ans et demi, le 16 août 2009, en soins palliatifs, à l'hôpital de La Roche sur Yon.
Celles et ceux qui liront l'intégralité du Triptyque verront qu'il est ponctué de photographies plus personnelles. Les spécialistes comme vous-même, M. Dahi, qui tout comme moi, vous êtes penchés sérieusement sur la question de l'autofiction y verront une sorte de « photo(s)-autofiction(s) » et ils n'auront pas torts. Ainsi, j'ai franchi le pas avec Colette : par-delà le bien et le mal ? puisque des citations de Colette se trouvent sous les photographies. J'ai par ailleurs, bien mentionné et ce afin qu'il n'y ait pas de confusions possibles ! qu'il s'agissait d'extraits de texte de l'œuvre de Colette. Celle insérée sous la photographie de mes parents est un hommage à ma mère puisqu'elle est morte brusquement alors que je terminais juste mon mémoire. Là aussi, il s'agit d'un constat de ma part...
Sous la photo de mon regretté compagnon, Giuseppe Spoto, sont gravés ses mots à l'encre indélébile de Colette (La Naissance du Jour) : « Le pire dans la vie d'une femme : le premier homme. On ne meurt que de celui-là. » En effet, maintenant que j'ai atteint l'âge de 40 ans (je les ai fêtés le mois dernier), j'ai le sentiment diffus qu'avec ce Triptyque se ferme une période de ma vie, celle attachée à ma jeunesse en quelque sorte mais qu'il ouvre sur une autre voie qui s'est révélée à moi comme une évidence (une nécessité !) ; la voix de l'écriture que je ne suis pas prête à faire taire, loin s'en faut ! C'est ce que j'ai voulu signifier avec la toute dernière photo au terme de Colette : par-delà le bien et le mal ? me figurant au Salon du livre de Paris en 2010 avec Madame Raclot, à mes côtés, comme un symbole d'espoir. L'idée étant que malgré les vicissitudes, les épreuves douloureuses et les tristesses apportées par la mort de proches qui vous touchent au premier plan dans votre identité et votre chair, il faut continuer à vivre et que malgré tout, l'âge (puisque 40 ans correspond statistiquement au milieu de la vie) apporte son lot d'expériences pour cheminer vers l'autre versant de la vie. Il est bien évident que ce genre de message, de témoignage de solidarité ne sera pas reçu de la même façon suivant l'âge ou plus exactement le vécu des lectrices et lecteurs. C'est pour ce genre de raisons que j'ai pris sur moi de prendre le risque que comporte toute forme d'exposition, d'implication (pour reprendre votre très bon mot, M. Dahi) : la pire étant certainement (mais il faut s'y attendre aussi !) : l'incompréhension.
Mettre des maux sur des mots (ou pAnser les plaies, pour reprendre le titre du vibrant compte rendu d'Arnaud Genon sur mon recueil de récits courts et proses poétiques publié sous pseudonyme : Pensées en désuétude) a été (et continue de l'être ; même si pas seulement) le moyen de le pallier. Mais l'on pourrait étendre à toutes formes de libération de la parole... en ce sens, il me semble que l'art-thérapie a de beaux jours devant elle...
Mais je m'aperçois que j'ai été bien longue (je vous prie de me pardonner), répondant à cette question mais c'est sans doute parce qu'elle me touche au plus haut point et qu'elle me donne l'occasion d'une mise au point et d'un retour sur mon Triptyque sur Colette qu'il m'aurait été difficile de faire sans la pertinence de votre question dont je vous remercie et dont je vous suis infiniment reconnaissante, M. Dahi. Je serais donc plus concise pour les réponses suivantes, je vous en fais la promesse.
(Lire suite vendredi prochain)


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