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Editorial
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 18 - 02 - 2011

L'on voit bien que le pays, comparé à nos frères arabes, n'est pas institutionnellement «froid» ou gelé.
Ce qui est en jeu, politiquement, lors des prochaines semaines — dans un contexte arabe où règne une extrême confusion — c'est de savoir qui au Maroc va faire une OPA sur la transition démocratique ? Les forces qui l'ont conduite avec la monarchie jusqu'à présent, avec des hauts et des bas, des pauses et des accélérations, des avancées et, parfois, des régressions, ou un conglomérat radical-islamo-virtuel qui ne s'est jamais inscrit dans les changements possibles du pays. C'est la question fondamentale. Soit le Maroc émergent continue à creuser le sillon de la démocratie et de l'Etat de droit, plus vite et plus sérieusement, soit des forces confusément démocratiques portées par une accélération historique arabe aléatoire vont s'en occuper à leur manière. Que peuvent avoir de neuf les revendications d'aujourd'hui ? Rien que du très connu. Des thèmes récurrents : la réforme constitutionnelle — la dernière, et la huitième depuis l'indépendance, date de 1996—, la séparation réelle du pouvoir notamment le pouvoir judiciaire, l'autonomisation du Parlement, l'efficience du gouvernement et finalement la définition d'un nouveau périmètre pour le Premier ministre. Sur toutes ces questions, le débat n'a jamais cessé depuis 1962, et c'est sur la base de ce même débat que l'ébauche d'une alternance a pu se faire en 1998 qui a vu l'opposition historique arriver au gouvernement. L'on voit bien que le pays, comparé à nos frères arabes, n'est pas institutionnellement «froid» ou gelé. Le début du règne de Mohammed VI a, incontestablement, élevé le tempo politique et consolidé la légitimité du régime. Liquidation des années de plomb, levée de l'hypothèque des droits de l'Homme, normalisation électorale, ouverture politique, décisions majeures dans le domaine amazigh et celui de la famille, élaboration d'une stratégie sociale, une politique de croissance, etc. Sur le reste, c'est-à-dire ce qui constitue l'essentiel du jeu politique marocain actuel, la revendication est quasi permanente et elle est portée par les forces politiques du Royaume, les centrales syndicales, les ONG de la société civile les plus sérieuses et les plus crédibles. A la différence des années blanquistes 60 ou 70, où le but était d'éliminer la monarchie du jeu politique, aujourd'hui il s'agit plus de sa réforme. Monarchie exécutive, monarchie constitutionnelle, monarchie parlementaire, monarchie citoyenne, etc. Tout le monde a une idée sur cette évolution y compris la monarchie elle-même. Maintenant il y a un risque : celui de voir ce capital historique, politique, social et démocratique détourné par d'autres, à la légitimité insuffisante, au seul motif que nous n'avons pas pu, ou pas su, aller suffisamment vite dans la mise à niveau politique du pays. Le Maroc ne peut plus, alors qu'il a les institutions les plus légitimes du monde arabe —région du monde où des armées, au pouvoir depuis des décennies, font des mises à jour démocratiques téléguidées — laisser la projection dans l'avenir, de ces mêmes institutions, à des mouvements peu qualifiés sur le plan démocratique. Il y va du destin de la Nation.

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