Face à la montée des contraintes prudentielles, les bailleurs de fonds s'orientent vers des montages à plusieurs en quête d'une meilleure répartition des risques. Présenté comme une réponse à la complexité des montages, le cofinancement prend une place croissante dans les grands projets, bien que son efficacité demeure encore peu documentée. Le gratin de la finance mondiale se donne à nouveau rendez-vous au Maroc, deux ans après la tenue à Marrakech des Assemblées annuelles des institutions de Bretton Woods. Objet de la rencontre, remettre au premier plan l'importance du cofinancement dans l'architecture actuelle de l'aide internationale. Organisée le 11 février à Casablanca par la Banque mondiale et l'Agence française de développement, la rencontre traduit la volonté des bailleurs de pousser ce véhicule d'investissement sur le devant de la scène. Le financement conjoint désigne un montage dans lequel plusieurs bailleurs interviennent sur un même projet, chacun apportant une part des ressources nécessaires. Institutions financières internationales, banques de développement, Etats et parfois acteurs privés mettent en commun leurs capacités d'engagement pour soutenir des projets jugés structurants. Les contributions ne sont pas forcément symétriques. Elles varient selon la taille des enveloppes, les contraintes de bilan et le profil de risque de chaque institution. Cette répartition facilite les montages, mais peut aussi compliquer la gouvernance et allonger les délais d'exécution. En plus de répartir l'exposition au risque, ce schéma élargit la capacité de financement et sécurise des projets qu'un seul pourvoyeur de fonds aurait du mal à assurer. Selon la Banque mondiale, les investissements requis dans les infrastructures des marchés émergents se chiffrent à plusieurs milliers de milliards de dollars, dont près de 4,25 trillions pour les seules infrastructures de base. Le dispositif suscite un intérêt croissant chez les institutions de financement du développement. En mutualisant leurs ressources, les bailleurs s'accordent sur l'évaluation du risque et évitent au porteur de projet de multiplier les démarches. Cette logique se heurte toutefois à plusieurs contraintes, notamment la faible mobilisation du capital privé et l'insuffisance de solutions de financement à l'échelon local. Bien qu'il soit largement expérimenté, le financement multi-bailleurs reste encore peu documenté. Des travaux conjoints ont été engagés pour établir des évaluations comparatives robustes entre projets financés seuls et projets cofinancés.