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Bokassa ou la folie du pouvoir absolu
Publié dans Libération le 20 - 02 - 2018

A peine quatre ans après son indépendance en 1960, la République centrafricaine (RCA) était en crise profonde. L'économie s'effondrait et la pauvreté se déchaînait. Dans un effort de réforme sans l'aide de ses maîtres coloniaux français, le président David Dacko s'est tourné vers Mao Zedong pour demander de l'aide. Mao l'a soutenu en échange de réformes communistes. Mais pendant les deux ans de l'expérience collectiviste, les choses ont empiré.
Résolu à sauver son pays d'un effondrement total, le commandant de l'armée et cousin lointain de Dacko, le colonel Jean-Bédel Bokassa, s'empara du pouvoir en 1966. Une décennie de dictature, de pauvreté et d'abus brutal de pouvoir s'ensuivit. Voici quatre raisons pour lesquelles le pouvoir absolu ne peut être prescrit pour aucune société.
Source de tyrannie
Comme beaucoup de radicaux, Bokassa a sérieusement promis des réformes contre la pauvreté et un retour à la démocratie. Pendant ce temps, après avoir goûté à la puissance du pouvoir, il s'est vite rendu compte que la délégation de pouvoir ne lui permettrait pas de contrôler suffisamment pour gouverner à sa guide. Au lieu de cela, il a progressivement accru son autorité à travers tous les organes de l'Etat. Pour justifier son changement de cap, Bokassa a affirmé que la concentration du pouvoir était nécessaire au développement. Il a rejeté toutes les alternatives politiques et a formé son propre Conseil révolutionnaire, qui a aboli la législature et la constitution.
En l'absence de contre-pouvoirs institutionnels, il a remanié le gouvernement à volonté. Et au cours de son règne de 13 ans, il se proclama président, premier ministre, président du parti, commandant en chef et empereur. Aucun membre du cabinet n'osait remettre en question son choix de cabinet, sinon il risquait la mort par des crocodiles ou un peloton d'exécution.
Une brutalité aveugle
Bokassa a été grandement obnubilé par le pouvoir de sorte qu'à la fin de son régime, il passait plus de temps à brutaliser ses ennemis qu'à travailler sur son programme de développement. Il a massacré des paysans pour avoir protesté contre une hausse des prix de la nourriture et brutalisé les gens pour ivresse. Il était un tyran absolu. Personne n'a été épargné par sa colère, pas même les membres de son cabinet.
Un cas notoire a été celui de l'un de ses plus proches alliés, le capitaine Alexander Banza, qui était son ministre d'Etat qu'il a exécuté brutalement pour trahison. Banza avait en effet tenté de renverser Bokassa dans un coup d'Etat manqué, motivé par les mauvais traitements du dictateur. Il l'a gravement mutilé avant de le faire traîner dans la rue et ensuite abattu.
Les enfants innocents étaient également victimes de l'empereur fou. Un jour, il a fait injecter du poison à un bébé après avoir tué le père du nourrisson, un garde du palais, pour tentative d'assassinat. Plus horrible encore fut le massacre d'une centaine d'enfants d'écoles primaires innocents en avril 1979. Bokassa avait auparavant imposé aux élèves et à leurs parents de coûteux uniformes scolaires fabriqués par la compagnie de sa femme. Au cours d'une des manifestations qui ont suivi, des élèves ont lancé des pierres sur sa Rolls Royce, ce qui a exaspéré l'Empereur. Il a ordonné à ses gardes de tirer sur les enfants. Beaucoup étaient morts suite à l'assaut alors que Bokassa et ses gardes ont battu les autres en prison jusqu'à la mort.
Insouciance financière
Après s'être autoproclamé empereur en décembre 1976, Bokassa consacra un tiers du budget du pays à son couronnement. A l'image de son idole Napoléon Bonaparte, il a dépensé l'équivalent aujourd'hui de 80 millions de dollars pour la cérémonie. Sa couronne de diamants à elle seule a coûté 20 millions de dollars. Il a même commandé un trône d'aigle plaqué en or, une couronne en or et plus de 60 000 bouteilles de champagne pour ses invités. Pour un pays qui était déjà faible sur le plan financier, cette ligne de conduite a mené à la faillite.
À aucun moment, il n'a véritablement exprimé sa préoccupation pour la santé financière du pays. Bokassa a préféré partir en vacances et dépenser somptueusement en voitures de luxe. Il a également permis à un grand nombre de ses 17 épouses et 50 enfants d'accéder directement aux coffres du gouvernement, s'enrichissant ainsi eux-mêmes et leurs copains. L'absence de transparence a donné à Bokassa la liberté de piller les ressources minérales du pays à des fins égoïstes. Par exemple, il a fourni de l'uranium à la France pendant la guerre froide en échange d'un soutien militaire et a ensuite admis avoir envoyé des diamants valant des millions de dollars à ses associés et alliés étrangers.
Entretien de la pauvreté
Avant de prendre le pouvoir, le plan économique de Bokassa était simple: débarrasser le pays du communisme et éradiquer la pauvreté. Cependant, ce qu'il a fait était carrément le contraire : il a nationalisé toutes les entités publiques tout en les rendant des monopoles.
Avec un secteur privé considérablement réduit, les gens travaillaient pour le gouvernement qui luttait pour payer les salaires ou se retiraient dans leurs fermes. Dans les mines, les conditions de travail étaient extrêmement mauvaises. Les gens gagnaient peu tandis que Bokassa s'accaparait un pourcentage indécent des recettes.
Dans les fermes, les rendements de production étaient trop faibles pour rentabiliser les ressources investies et rapidement la République centrafricaine a croupi dans l'extrême pauvreté. À ce jour, la RCA est classée parmi les pays les plus pauvres de la planète. Le PIB du pays ne s'est rétabli que 9 ans après l'éviction de Bokassa par la France en 1979.
Néanmoins, 21 ans se sont écoulés depuis que Bokassa est mort librement dans le confort de sa maison dans la capitale Bangui, mais pour les populations affectées par sa cupidité et sa terreur, son mal reste indélébile. Son héritage horrible est la preuve que le pouvoir absolu peut être un virus, et Barry Goldwater le remarquait avec justesse: «Ceux qui recherchent le pouvoir absolu, même s'ils le cherchent pour faire ce qu'ils considèrent comme bon, exigent en réalité le droit d'imposer leur propre version du paradis sur terre».
* Analyste pour The Foundation
for Economic Education.
Article publié en collaboration
avec www.libreafrique.org


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