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Akhannouch a-t-il les moyens de ses ambitions ?
Publié dans MarocHebdo le 21 - 10 - 2021

Le gouvernement a été officiellement investi le 13 octobre 2021 après le vote de confiance de la majorité absolue des députés. Dans son programme, le social, la santé et l'enseignement sont des priorités. Comment financer les mesures annoncées avec une marge de manoeuvre très réduite à un moment où les ressources de l'Etat tarissent ?
Au travail! Le gouvernement Aziz Akhannouch est officiellement investi, conformément aux dispositions de l'article 88 de la Constitution, après avoir obtenu la confiance de la Chambre des représentants, exprimée par le vote du mercredi 13 octobre 2021 à la majorité absolue des députés, en faveur de la déclaration du gouvernement. A vrai dire, c'était attendu. Avec une majorité gouvernementale forte de ses 270 sièges (sur un total de 395) au Parlement, on ne pouvait pas s'attendre à autre chose. Tant mieux. M. Akhannouch a de grands appuis à l'hémicycle sur lesquels il peut s'appuyer pour mener à bien son programme gouvernemental pour les cinq années à venir. Mais un petit détail d'une extrême importance, qui a marqué l'opération de vote, s'impose mordicus de prime abord: Le programme gouvernemental a été adopté par 213 voix pour, 64 contre et une seule abstention.
Et alors? Le hic, c'est que les 270 parlementaires des trois partis de la majorité (RNI, PAM et Istiqlal) n'ont pas tous assisté à cette séance de vote d'investiture du gouvernement. Faisons un petit calcul. Il y a eu au moins une soixantaine d'entre eux qui se sont absentés. A moins qu'ils aient tous été présents et que certains d'entre eux ont voté contre le programme gouvernemental. Ce qui est impensable! Il va falloir alors chercher l'erreur. Ce petit détail devra être pris en compte par les chefs des trois partis de la majorité car les absences deviennent, au fil des séances, contagieuses au sein de tous les groupes parlementaires et notamment ceux de la coalition gouvernementale.
"Répondre aux priorités du citoyen"
Passons. Ce qui importe, c'est que le programme a eu la confiance des députés lors de cette séance plénière marquée par l'intervention du chef de l'Exécutif, venu répondre aux remarques de l'opposition (mais aussi de sa propre majorité, notamment celle du chef du groupe istiqlalien, Noureddine Mediane, qui n'a pas été du goût du Chef du gouvernement) sur le programme gouvernemental. Rappelant le taux de participation, le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a évoqué dans ce sens un résultat historique lors des élections précédentes, prouvant ainsi que «les Marocains s'intéressent à la politique». En effet, les Marocains s'intéressent à la politique mais beaucoup plus aux résultats concrets de l'exercice de la politique.
«Le programme vient répondre aux priorités du citoyen. Nous voulons parler aux citoyens et à vous pour définir les priorités. Si nous nous trompons sur ces priorités, nous n'aurons pas seulement un faux départ, mais nous nous tromperons pour cinq ans et le citoyen ne nous le pardonnera pas», a-t-il souligné. Insistant sur le fait que «le programme évoque les problématiques du citoyen, à savoir l'emploi, l'éducation, la santé, sa relation avec l'administration et la justice sociale», le nouveau Chef du gouvernement a assuré que son cabinet «a tenté d'y apporter des réponses». «Il y a des détails avec des chiffres et des objectifs et nous avons pris la décision d'être honnêtes pour une présentation chiffrée», assure-t-il encore.
Dans le discours de M. Akhannouch, tout le monde a relevé un brin de réalisme. «Nous savons que les ressources financières de l'Etat sont limitées. Nous sortons d'une crise qui a laissé un impact, notamment sur les caisses de l'Etat mais certains affirment qu'une croissance de 4% ne permettra pas de créer 1 million de postes, je leur dis qu'il n'y a pas de relation directe», enchaîne-til, en rappelant deux exemples. «En 2016, par exemple, la croissance a été de 1,1% qui a permis toutefois de créer 36.000 postes. En 2019, elle a été de 2,6% mais 63.000 postes ont été créés. Cela dépend donc du type de financement et d'activités ainsi que de la qualité de ce financement», explique-t-il.
Activités génératrices d'emplois
Ce qui est en partie vrai puisqu'une étude en date de 2015 publiée par OCP Policy Center, confirme que le contenu en emploi de la croissance est faible au Maroc. En effet, cette étude indique que chaque point de croissance a créé 26.700 emplois au Maroc entre 2000 et 2013. Pour un taux de croissance moyen de 4,5%, cela correspond à la création d'environ 120.000 emplois annuellement.
Mais ce que le programme gouvernemental omet, c'est le financement des activités génératrices d'emplois sachant que les caisses de l'Etat ont tari et du coup, les marchés publics et le paiement des entreprises adjudicatrices risquent de se compromettre. Ailleurs, dans la campagne électorale comme dans le programme gouvernemental, on donne avec menus détails là où on va puiser l'argent pour financer tel ou tel autre projet. En sus de cela, il y a raison d'être sceptique quand on sait que les promesses de l'ancien ministre de l'Industrie, Moulay Hafid Elalamy, de créer 500.000 emplois dans le domaine industriel en 2020, n'ont pas été tenues.
Dans la même lignée, l'Exécutif a fait part de son ambition de créer au bout de deux ans plus de 250.000 emplois en faveur des personnes impactées par la crise du Covid- 19, sans conditions de qualifications, dans le cadre de contrats d'intérim. Qu'en est-il pour les jeunes diplômés, qui représentent près de 40% des chômeurs? Autre chose: le programme parle de création de nouveaux emplois mais pas des centaines de milliers d'emplois déjà perdus depuis l'avènement de la pandémie du Covid- 19. Il n'y a aucune mesure visant à freiner la tendance à la hausse du chômage et qui va encore s'accentuer avec les 200.000 jeunes en âge de travailler qui s'y ajoutent chaque année. Et c'est là où le bât blesse car c'est une véritable bombe à retardement sociale.
Un nouvel Etat social
Le Chef de l'Exécutif a désigné trios priorités qui devraient guider l'action gouvernementale. Le nouveau gouvernement s'engage à édifier un nouvel Etat social, protecteur et garant des équilibres socio- économiques dont le projet royal de la généralisation de la couverture sociale constitue la pierre angulaire. Aziz Akhannouch s'est engagé devant les parlementaires à mettre en oeuvre progressivement le chantier de sécurité sociale universelle, prévu sur cinq ans (2020-2025).
La nouveauté est que le nouveau gouvernement est déterminé à accompagner ce projet en créant parallèlement un mécanisme de soutien des familles en situation de précarité avec notamment le versement d'un revenu minimum (1.000 dirhams mensuellement) au profit des personnes âgées et d'allocations familiales (300 dirhams par enfant) aux foyers vulnérables.
Par rapport au premier point, il est notoire que les finances publiques ne peuvent plus supporter cette dépense conséquente d'aide aux familles. La preuve en est que même avant la pandémie, le gouvernement sortant avait cédé cinq (5) CHU pour renflouer ses caisses. Si au moins c'était suffisant! Aujourd'hui, plus du tiers du Budget de l'Etat provient de la dette. Va-t-on s'endetter encore pour cela? Et, concernant les allocations familiales, il est vrai que le financement existe déjà. Avant l'avènement du Covid, la CNSS avait un excédent budgétaire de 15 milliards de dirhams.
Aujourd'hui, ce chiffre a conséquemment baissé du fait que les cotisations (patronales et des employés) ont nettement dégringolé ces deux dernières années à cause des répercussions de la crise sanitaire ayant obligé nombre d'entreprises à baisser le rideau et que la CNSS a contribué aux aides aux familles nécessiteuses impactées par le Covid. De ce qui reste, on peut se servir à volonté. Mais attention! ce n'est pas une vache à lait! Il y a actuellement moins de personnes actives qui cotisent pour la pension des personnes en retraite. Dans les années à venir, le modèle économique de la CNSS risque de tomber en panne. Et on ne trouvera pas de quoi payer les pensions des personnes en âge de retraite.
Carte sanitaire
Dans la même ligne de mire, le gouvernement veut mettre en place une carte sanitaire destinée à limiter les dépenses directes des ménages dans les soins médicaux. Le gouvernement s'engage à augmenter le budget alloué au secteur de la Santé pour cela. La même question cruciale revient avec acuité: comment et avec quoi? Dans la loi de finances 2021, le budget global du ministère de la Santé a été augmenté de 1,1 milliard de dirham. Le budget d'investissement 2021 s'élève à 8,2 milliards de dirhams, contre 7,35 milliards en 2020; et celui du fonctionnement à 15,57 milliards de dirhams, contre 15,33 milliards en 2020. Or, l'impact de cette majoration sur la gestion des hôpitaux n'a pas été patent.
Cela n'a même pas suffi pour assurer le minimum dans les différents services des hôpitaux, qui manquent cruellement de personnel et de matériel à la fois. Mettre en place une carte sanitaire ne peut être financé par l'injection de 1, 2 ou 3 milliards supplémentaires. Il va falloir peut être doubler le budget global de la Santé publique.
Concernant l'éducation, la refonte de l'école publique est tout aussi importante que celle de l'hôpital dans le programme gouvernemental. Aziz Akhannouch a exprimé la détermination de son équipe à réhabiliter le métier d'enseignant dans l'éducation nationale par une rémunération plus valorisante, surtout en début de parcours. Majorer d'un tiers le salaire d'un enseignant en le portant de 5.000 à 7.500 dirhams (comme promis lors de la campagne électorale) ne peut qu'être applaudi.
Mais encore une fois, comment le gouvernement va-t-il faire pour financer les mesures annoncées dans le domaine social, la Santé et l'enseignement? On en saura un peu plus dans les jours à venir. L'Exécutif est tenu de déposer le projet de loi de finances 2021 au Parlement au plus tard le 20 octobre 2021. Il ne lui reste donc que quelques jours pour réaffecter les crédits d'engagement et de paiement (budgets) alloués aux départements ministériels. Il y a trois options possibles pour le gouvernement Akhannouch s'il veut tenir ses promesses ou une partie au moins.
Quel financement?
Au vu de la diminution des ressources financières (recettes de l'Etat), augmenter le budget du ministère de la Santé et de l'Enseignement peut se faire au détriment d'autres départements. Quels ministères seront alors sacrifiés? La deuxième option possible est la création de nouveaux impôts ou la majoration de ceux existants. Dans ce cas de figure, quelle cible sera visée? La classe moyenne, déjà surendettée et par laquelle vient le gros des recettes fiscales ou les hommes d'affaires? Peut-on demander, par les temps qui courent et en début de reprise des activités économiques, aux entreprises de payer des impôts ou ravivera- t-on le fameux projet d'impôt sur la fortune qui concerne les riches du pays? Et puis, sur un plan technique, peut-on opérer un tel chamboulement dans les impôts dans le cadre de la loi de finances en si peu de temps?
La troisième option est le recours à l'endettement. Et là, on peut être sûr qu'on sera sur un terrain miné. La dette publique globale a atteint 100% du PIB. Il est très risqué d'oser emprunter davantage, avec la même cadence de 2020 et de 2021. La répercussion sur les prix à la consommation et le pouvoir d'achat de l'écrasante majorité des citoyens sera fâcheuse, d'autant plus que le Chef de gouvernement aspire à institutionnaliser la justice sociale afin d'élargir la classe moyenne et promouvoir son pouvoir d'achat.
Il reste la question de la lutte efficace contre la fraude fiscale. Jusqu'où ira le cabinet Akhannouch pour imposer aux entreprises fraudeuses d'honorer leurs engagements citoyens? A cela s'ajoute un problème épineux, à savoir les créances à recouvrer pour le compte de l'Etat, qui s'élevaient, à fin 2018, à près de 205 milliards de dirhams. Rien que dans la seule ville de Casablanca, le reste à recouvrer en termes d'impôts et taxes locales est de l'ordre de 6,4 milliards de dirhams à fin 2019! Les chiffres actualisés ne sont pas publics mais une chose est sûre, les créances ont augmenté. Le comble, c'est la prescription au bout de quatre ans de ces créances, ce qui fait perdre à l'Etat des sommes importantes à un moment où il en a le plus besoin.
Des défis imposants
Sous un autre angle, le gouvernement peut compter sur les financements alternatifs. Il s'agit des partenariats public-privé. Mais attention aux dérapages, car, au final, le secteur privé ne cherche que le profit et il applique ses propres règles et ses tarifs qui peuvent être excessifs lorsqu'il s'agit de services sociaux. La situation économique et sociale actuelle est morose à bien des égards. Les défis qui se profilent sont grands et imposants.
Les ambitions du nouvel Exécutif sont aussi grandes mais il manque la précision concernant le financement et les moyens pour y parvenir. Et c'est essentiel pour s'assurer de la volonté du gouvernement de mener à terme son programme gouvernemental. Car, du reste, il n'y a rien qui puisse emboîter ses projets avec une majorité très confortable au sein du Parlement et une opposition faible.


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