Au cœur du débat sur l'heure légale, une étude analytique renseigne sur les coûts sociaux et sanitaires potentiels du fuseau horaire GMT+1, appelant à une évaluation complète qui équilibre les gains économiques avec la santé et le bien-être des citoyens. DR ‹ › Un document d'analyse politique publié par le Centre africain d'études stratégiques et numériques (CAESD) a conclu que l'adoption permanente de l'heure GMT+1 par le Maroc, depuis 2018 apporte des bénéfices économiques limités liés à l'alignement avec l'Europe. Elle impose même des coûts sociaux et sanitaires documentés, interrogeant ainsi sur sa valeur stratégique à long terme. Publié le 22 février et intitulé «La souveraineté temporelle au Maroc : Une analyse coût/bénéfice du temps légal (GMT+1) entre alignement européen et compétitivité économique», le document retient que cette mesure n'a pas encore fait l'objet d'une évaluation officielle, malgré sa mise en place depuis plus de sept ans. Dans ce sens, les auteurs préconisent un examen fondé sur des preuves, pour trouver un équilibre entre compétitivité économique et bien-être social, alors que les questions persistent sur l'impact de l'heure supplémentaire sur le sommeil et la santé publique. Un impact sur la santé et des gains économiques limités Selon l'analyse, vivre du côté ouest des fuseaux horaires, comme c'est le cas du Maroc sous GMT+1, est associé à une perte moyenne d'environ 19 minutes de sommeil par jour, avec des risques accrus d'obésité, de diabète et de maladies cardiaques. Les adolescents sont plus affectés, puisqu'ils peuvent perdre jusqu'à 32 minutes par jour, avec un impact sur leurs performances scolaires. Les auteurs de l'étude soutiennent que la pérennité du GMT+1 pose des défis liés à la sécurité spatiale, en particulier pour les femmes, les filles et les étudiants dans les zones rurales et éloignées. En effet, se déplacer avant l'aube augmente le sentiment d'insécurité et le risque d'agression ou de harcèlement. Autant dire que le problème va au-delà des coûts de transport, défiant l'égalité des chances pour un accès sûr à l'éducation et à l'emploi. Concernant la sécurité routière, l'étude a cité des recherches internationales liant les matins sombres résultant de l'heure d'été permanente à une augmentation des décès par accident de la route jusqu'à 21,8% dans les zones à l'ouest du même fuseau horaire, suggérant que ces indicateurs méritent une analyse nationale approfondie. Economiquement, le document a souligné que l'horaire GMT+1 offre au Maroc une heure supplémentaire de chevauchement avec l'Europe continentale, ce qui profite à des secteurs comme l'externalisation de services et certaines activités ciblant le marché européen. Cependant, ce gain est compensé par la réduction des heures de chevauchement avec Londres et New York pendant certaines périodes, ce qui limite potentiellement les opportunités de diversifier les partenariats économiques en dehors de la sphère européenne. Le document a également remis en question l'hypothèse d'économies d'énergie significatives, notant que des expériences internationales similaires n'ont pas montré de réduction notable de la consommation d'électricité. Certaines études souligneny même une légère augmentation. Pour un temps standard permanent Le document fait référence à ce qu'il décrit comme un «consensus scientifique mondial», en rappelant que des organismes comme l'American Academy of Sleep Medicine recommandent l'adoption d'un temps standard permanent, mieux aligné avec l'horloge biologique humaine. Il a soutenu que le choix entre les options d'horaires n'est pas simplement technique, mais une décision politique équilibrant des intérêts économiques avec la santé publique et la justice spatiale. Les auteurs de l'étude ont proposé trois voies potentielles pour le Maroc : revenir au GMT permanent, maintenir le GMT+1 avec des mesures d'atténuation ou adopter un nouveau système saisonnier équilibré. Par ailleurs, ils ont appelé à publier l'étude gouvernementale de 2018 qui a informé la décision de fixer l'heure légale, parallèlement à une large consultation nationale, en plus de mandater une entité indépendante pour une étude complète coût-bénéfice. Parmi les recommandations urgentes incluses dans le document figurent la mise en œuvre de mesures hivernales pour atténuer l'impact des matins sombres, telles que le report des heures de début des écoles et des bureaux à 9 heures pendant les mois les plus froids. Il a également souligné la nécessité de fournir des données officielles exhaustives sur la consommation d'électricité et les accidents de la route aux chercheurs, dans le but de développer une évaluation scientifique au Maroc. De surcroît, le document soutient que le débat sur l'heure légale va au-delà du simple ajustement des aiguilles de l'horloge. Il questionne plus largement la «souveraineté temporelle» et la capacité de l'Etat à choisir son horaire, de manière à servir à la fois ses intérêts économiques et sociaux.