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Premières auditions des théoriciens de l'intégrisme
Publié dans La Gazette du Maroc le 16 - 06 - 2003


Haddouchi, Chadili et Fizazi
De Omar Haddouchi à Abdelkrim Chadili, en passant par l'énigmatique Mohamed Fizazi, les théoriciens de l'intégrisme ont été entendus lors de leur première audition à Casablanca, les 6 et 7 août.
Miloudi Zakaria vient de quitter la salle ; le brouhaha s'élève dans l'assemblée. Les trois comparutions qui vont suivre désormais vont donner le ton à ce procès unique dans l'histoire du Royaume. Avec Miloudi Zakaria, les hommes qui vont se relayer à la barre sont considérés comme les théoriciens de la Salafiya Jihadiya, ceux qui ont inspiré les tragiques attentats de Casablanca : Omar Haddouchi, Mohamed Fizazi et Abdelkrim Chadili. Mercredi et jeudi, ils ont pris la parole à tour de rôle pour répondre aux questions de la Cour d'Appel de Casablanca. Les trois prédicateurs ont été dénoncés par le chef présumé d'Assirat al Moustakim, Miloudi Zakaria et ont été désignés comme des responsables de la Salafiya par plusieurs activistes arrêtés à ce jour par la police marocaine.
Haddouchi, l'intransigeant
Omar Haddouchi, le premier, est appelé à la barre. Le regard glacé, il nie toutes les accusations et notamment sa participation aux attentats du 16 mai. A la question : "quel rapport entretenez-vous avec la Salafiya Jihadiya ?", il répond : "je n'ai aucune connaissance de l'existence de ce groupe". Omar Haddouchi est connu pour son intransigeance intellectuelle, il excommunie ceux qui ne lui plaisent pas, ne reçoit jamais dans sa demeure les hommes qui ne portent pas de barbe…Vivant à Tétouan, Omar Haddouchi est réputé pour ses prêches virulents et l'enquête a révélé qu'il était en contact avec les jeunes de Sidi Moumen. L'individu avait l'habitude de séjourner dans le quartier pour endoctriner les futurs kamikazes. Toujours en réponse à la question sur la mouvance clandestine Salafiya Jihadiya, le prévenu répond avec hargne : "je ne reconnais pas la Salafiya Jihadiya, c'est une formation batarde qui va à l'encontre de mes principes". Et il cite un ouvrage dont il est l'auteur qui s'appelle "L'ignorance et le crime dans le parti d'Al adl wal ihsane"… Omar Haddouchi laisse entendre qu'il y a une frontière entre sa radicalité à lui et celle des partis qui prônent la terreur et l'intolérance. Selon ses dires, la seule fois où il a rencontré les mis en cause qui ont témoigné contre lui, c'était à l'occasion du mariage de Mohamed Damir, un membre présumé du mouvement islamiste radical. Il brosse un portrait complaisant de sa personne : "je suis un homme de foi, comment imaginer que je puisse faire une chose pareille. Je n'ai jamais encouragé le Jihad dans mes prêches ni excommunié quelqu'un…". Il se tait, fatigué, tandis que la soirée défile sournoisement dans les locaux du tribunal. Avec les autres théoriciens présumés qui sont appelés à être jugés dans les semaines qui viennent, Omar Haddouchi partage la même attirance pour la révolution culturelle islamique. De prêche en prêche, d'auditoire en auditoire, les prédicateurs apprennent à endoctriner les masses en s'inspirant des grands prêcheurs radicaux égyptiens, saoudiens ou pakistanais.
Fizazi, l'ambigu
C'est ce qui ressort lorsque l'audition reprend le lendemain et que Mohamed Fizazi expose ses idées. Le personnage ambigu, très attendu dans ce procès, surprend l'assemblée. C'est un homme de grande taille qui toise de haut l'auditoire. Mohamed Fizazi est le prédicateur qui a le plus de succès vu que cet ancien fonctionnaire de l'Education nationale, devenu orateur, a voyagé dans près de trente pays pour y pratiquer des prêches. Il enregistre et filme chacune de ses interventions, pour garder une trace de ses messages et de son œuvre. Auditionné sur les principales accusations du dossier, Mohamed Fizazi nie comme ses compagnons les faits qui lui sont reprochés. Il condamne devant la cour les actes terroristes et affirme être un prédicateur modéré. Dans les faits, Mohamed Fizazi est l'auteur d'ouvrages qui prônent la haine et excommunient l'Etat et ses acquis démocratiques : le parlement, les élections, la démocratie représentent dans ses livres des takfir qui vont à l'encontre de la Charia musulmane. D'ailleurs, il laissera pointer un amer regret en disant au sujet de la condamnation des attentats du 16 mai : "avec ma foi, je condamne ce qui est contre la Charia".
Interrogé sur ses multiples appels au Jihad, le prédicateur essaie d'éluder la question en affirmant qu'il visait des pays occupés comme la Palestine, la Tchétchénie etc. Mohamed Fizazi, calme et préparé de longue date à cette audition, propose de relire tous ses ouvrages qui seraient mal interprétés pour démontrer sa bonne foi. Même parodie lorsqu'il s'agit de politique : "je suis contre la démocratie si celle-ci va à l'encontre de la Charia islamique".
Ensuite, commence pour le prédicateur une série de questions sur son appartenance idéologique. Il n'hésite pas à laisser entendre que la Salafiya Jihadiya est une fabrication de mauvaise foi, qu'elle n'existe pas, et propose le témoignage de 50.000 fidèles pour prouver qu'il n'en fait pas partie ! Interpellé par le président de la cour au sujet des prêches enseignés aux activistes de la Salafiya, le prévenu rétorque : "depuis vingt ans, j'ai donné des enseignements dans les quatre points du Maroc, y compris chez des particuliers, et je ne peux savoir toujours à qui j'ai affaire…".
Chadili s'évanouit devant la Cour
Abdelkrim Chadili, le cheikh, fait son apparition au courant de la journée, provoquant dans la salle un grand remous. C'est l'homme qui a fait tomber Zakaria Miloudi en annonçant à la Cour : "le groupe Assirat al Moustakim existe, et c'est Zakaria qui en est l'émir". Il ira jusqu'à dire que dans les pratiques de ce groupuscule, les membres ont l'habitude d'excommunier ceux qui ne vivent pas selon les principes de l'Islam, en référence aux malheureuses victimes des gangs islamistes de Casablanca.
Le prêcheur s'abstiendra cependant de parler de ses propres activités. Il nie toute implication dans le réseau Salafiya Jihadiya et dément avoir prononcé un jour des paroles incitant à la violence. "Faux !", déclare le président de la Cour avant de rafraîchir la mémoire du prévenu : Abdelkrim Chadili était l'auteur de déclarations sulfureuses, publiées dans un hebdomadaire arabophone, qui vulgarisaient la culture terroriste et traitaient la société marocaine d'impie et de mécréante. Un peu comme l'avait fait Oussama ben Laden lors de son show radiophonique durant la guerre d'Irak, incitant les fidèles d'entre les fidèles à terroriser le Maroc. En guise d'explications, le cheikh Chadili, le profil bas, répondra à l'assemblée : "la presse a déformé mes propos".
A une autre question relative à ses activités de prêche, il soutient comme Omar Haddouchi ne pas s'intéresser au Jihad, bien que plusieurs activistes arrêtés aient reconnu en le cheikh Chadili le prédicateur des quartiers défavorisés de Casablanca, à Lahrawiyine, Carrières Thomas, Douar R'hamna et Sidi Moumen. Autre terrain de prédilection pour le sermonneur, la mosquée de Derb El Mitr où il faisait de fréquents passages. Il précise : "la mosquée n'est pas loin de mon habitation, j'ai d'ailleurs obtenu une autorisation délivrée par les autorités pour prêcher durant deux mois…" Il reconnaît avoir rencontré Omar Haddouchi, une unique fois, dans une maison d'un ami, Mohamed Fizazi deux fois, à l'occasion du mariage de sa sœur. Il expose ses idées sur l'Islam : "les groupes Assirat al Moustakim et Salafiya Jihadiya sont des khawarij, des théories qui s'écartent de l'Islam vrai. A la fin de son audience, Chadili, trop éprouvé par la soirée, s'évanouit soudain au milieu de l'assistance. La Cour a renvoyé à mardi 12 août les plaidoiries des trois prédicateurs.
Les premières condamnations
La justice marocaine a clos le week-end passé la troisième phase de discussions sur les différents dossiers des groupes inculpés. Répartis sur une trentaine de dossiers, près de cent individus devront être présentés devant la justice et jugés dans les prochaines semaines. Des peines sont déjà tombées, à Rabat, où se déroule une partie du procès des attentats de Casablanca. Le groupe de Zakaria Boughraba, alias Abou Seif, composé de cinq membres, avait été arrêté à Oujda pour : "incitation à commettre des crimes et délits au moyen d'écrits, collecte et gestion de fonds provenant de parties étrangères en vue de les utiliser pour commettre des actes terroristes, complicité dans la falsification d'un passeport et obtention indûment de ce dernier par usurpation d'identité et la diffusion de fausses informations de nature à troubler l'ordre public". La cour a condamné lundi 4 août Zakaria Boughraba à 10 ans de prison ferme assortis d'une amende de 500.000 dh. Il était l'auteur d'articles apologiques sur la violence islamique et avait notamment publié dans le journal "Acharq" un entretien avec Mohamed Fizazi qui louait les attentats du 16 mai… Le frère du principal inculpé, Youssef Boughraba, a été condamné à 5 ans de prison ferme avec une amende équivalente. Mohamed El Hourd, directeur du journal "Acharq" qui paraît à Oujda, a écopé de 3 ans de prison ferme, d'une amende de 10.000 dh et d'une interdiction de publication de 3 mois. La cour a également condamné à un an de prison ferme et à une amende de
5.000 dh Abdelmajid ben Tahar, rédacteur en chef du journal "Acharq" et Mustapha Qachnini, directeur d'un autre journal local, "Al hayat al maghribia" qui a été suspendu pour une durée de 3 mois.


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