Depuis l'autonomisation des délégations régionales du secrétariat d'Etat à l'eau et à l'environnement, devenues Agences des bassins hydrauliques du pays, l'harmonisation des politiques nationales est plus délicate. «Depuis 1999, nous avons lancé une stratégie de modernisation des Agences au niveau national. Mais, même si la modernisation des systèmes d'alerte de crues est toujours effectuée avec notre aval, elle n'est lancée qu'à l'initiative des agences», avoue Abdelhamid Benelfadel, chef de la division des ressources en eau, au département de l'Eau du secrétariat éponyme. Non-cumul des expériences En clair, les Agences ne se lancent dans la modernisation de leur système que si elles en ont les moyens, ce qui explique que la coopération étrangère est toujours de la partie. Japonaise pour l'Ourika, française pour le Bouregreg, Suisse pour le Sebou, ou encore américaine pour Souss-Massa...Et qui dit financement autonome, dit projets pilotes autonomes. «Je trouve dommage que toutes les agences se lancent dans des projets pilotes de modernisation différents. Parfois, il vaut mieux attendre qu'un modèle ait fait ses preuves pour pouvoir le transférer», commente Abdallah Mokssit, directeur de Maroc Météo. Chaque agence teste ainsi son modèle sans profiter de l'expérience des autres agences. Leur autonomisation limite la coordination des mesures qui sont prises, et il en résulte des disparités criantes. «Depuis 2004, nous avons entamé la modernisation de notre réseau. La collecte est automatisée, mais la transmission se fait encore par GSM. En cas de fortes intempéries, certaines stations n'émettent pas parce que le réseau GSM est brouillé. C'est très handicapant», déplore Abdallah Lmelaoui, chef du service réseau de mesure du bassin hydraulique de Souss-Massa. «Même les infrastructures auraient besoin d'être revues dans notre secteur». En effet, si les prévisions permettent d'anticiper les crues, elles ne les empêchent pas. Par contre, les infrastructures (barrages, ponts, etc.), elles, le permettent.De bonnes infrastructures rendent donc moins prioritaire la modernisation du système de mesure, comme c'est le cas pour l'Agence du Sebou. «Nous n'avons pas de système d'alerte des crues pour les bassins en amont de la ville de Fès. Nous sommes en train d'y travailler. Nous sommes cependant bien équipés en infrastructures, le premier barrage du Maroc est dans notre secteur. Pour le reste, nous fonctionnons en système semi-automatisé, nous travaillons avec le GSM, mais aussi avec la radio», détaille Samir Elghouti, chef de la division gestion et planification de l'eau de l'Agence du bassin hydraulique du Sebou. Modernisation, ce n'est pas une fin en soi La modernisation, c'est-à-dire l'automatisation du système de mesure (collecte et transmission des données), permet de diminuer la marge d'erreur humaine, que ce soit une mauvaise lecture des données ou une mauvaise transmission. Avec le système automatisé, aucun risque de panne, selon l'agence du Bouregreg, les appareils de mesure et de transmission étant alimentés par des panneaux solaires. Mais la présence de l'homme pour superviser reste nécessaire. Dans certaines régions, le relief ne permet pas le passage du signal et les agences fonctionnent donc toujours avec des personnes physiquement sur les lieux. Un réseau automatisé permet cependant d'archiver les données, de les centraliser et ainsi de fournir une meilleure collaboration avec le ministère de l'Intérieur, chargé de la gestion des catastrophes naturelles. L'automatisation permet aussi de conserver les données et de connaître la quantité d'eau des barrages dans le temps, information fondamentale pour la construction de bonnes infrastructures. L'Agence du Bouregreg, un exemple à suivre L'Agence du bassin hydraulique du Bouregreg et de la Chaouia vient d'annoncer la modernisation de son dispositif d'alerte des crues. «Tout est automatisé, de la collecte des données (pluviométrie, hauteur d'eau du bassin) à leur transmission uniquement par radio, sur une fréquence qui nous est dédiée, au relais puis au serveur de l'agence. Nous pouvons alors visualiser les données sur un écran géant et les insérer dans des modèles de prévision qui évoluent en temps réel», explique avec fierté Salah Belmatrik, vice-président de l'Agence. Financé en partie avec la coopération française, ce réseau moderne permet de recevoir toutes les cinq minutes les données en provenance du bassin - contre toutes les 3h pour un réseau classique. À terme, l'agence prévoit même d'élaborer un modèle pluie/débit en collaboration avec Maroc Météo, pour évoluer vers un dispositif régulier – et non pas de simple alerte- de prévision des crues. «Nous collaborons avec toutes les agences du Maroc, mais il est vrai que notre collaboration est plus poussée dans le domaine de la prévision des crues avec le bassin du Bouregreg», souligne Abdallah Mokssit, directeur de Maroc Météo. La plus-value est évidente pour le directeur: «Avant, l'agence ne pouvait faire des prévisions que pour les 4 à 6h à venir. Maintenant nous leur fournissons nos prévisions météorologiques pour les 24h à venir et ils peuvent donc faire des prévisions pour les 28 à 32h à venir». Un coup de pouce précieux en cas de fortes intempéries pour prévoir les risques de crues. «L'objectif est de faire tache d'huile pour que ce dispositif soit généralisé à tout le Maroc», ajoute Belmatrik. Pourquoi le Bouregreg est-il le premier bassin à avoir modernisé son réseau? Pour certains la priorité a été donnée à la modernisation, parce que les infrastructures étant moins bonnes, c'était une urgence. Pour Belmatrik, c'est lié au passif du bassin dont le débordement a déjà causé l'inondation de Mohammedia, de Berrechid, et à l'importance stratégique de certains bâtiments sur le secteur tel l'aéroport Mohammed V.