Portée par une croissance économique robuste mais confrontée à des tensions de liquidité et à des arbitrages sectoriels, l'économie marocaine entame 2026 dans une phase d'équilibre délicat. Selon l'analyse de BKGR, cette séquence se traduit par une normalisation du marché boursier, sur fond de fondamentaux macroéconomiques globalement solides mais de contraintes financières plus visibles. Après une année 2025 marquée par une reprise progressive de l'activité et un redressement sensible de plusieurs indicateurs conjoncturels, le début de 2026 ouvre une séquence plus contrastée pour l'économie et les marchés. La dernière note stratégique de BKGR met en lumière un double mouvement, une dynamique macroéconomique globalement solide, mais un marché boursier engagé dans une phase de respiration technique, sur fond de contraintes de liquidité et de réallocation des portefeuilles. Une trajectoire macroéconomique plus lisible Sur le plan macroéconomique, le scénario central de BKGR anticipe une croissance du PIB de 5% en 2025, en ligne avec les projections du HCP et légèrement supérieure à celle retenue par la Loi de finances 2026. Cette performance repose sur une contribution équilibrée des secteurs agricole et non agricole, avec une valeur ajoutée non agricole attendue en progression de 5,4%, portée notamment par les activités tertiaires et industrielles. Le marché du travail s'améliore marginalement, avec un taux de chômage estimé à 13% contre 13,3% un an plus tôt, tandis que l'inflation demeure contenue à 0,8% en moyenne annuelle, avant une remontée graduelle attendue en 2026. Cette relative stabilité des prix s'inscrit dans un contexte de politique monétaire encore accommodante, avec un taux directeur maintenu à 2,25%, offrant un environnement favorable au financement de l'économie. Toutefois, la situation budgétaire demeure sous tension : le déficit atteint 61,6 milliards de dirhams (MMDH) à fin 2025, légèrement au-dessus des prévisions initiales, traduisant la persistance d'un effort de dépense significatif. Déséquilibres extérieurs et dynamique sectorielle contrastée Sur le front des échanges extérieurs, BKGR souligne un creusement du déficit commercial de près de 16%, à 353,1 MMDH, principalement imputable à la hausse des importations de biens de consommation. Ce déséquilibre coexiste toutefois avec des signaux positifs du côté des recettes en devises, portées par la bonne tenue du tourisme, les transferts des MRE et la progression marquée des flux d'IDE. Plusieurs indicateurs sectoriels confirment cette dynamique différenciée. Les arrivées touristiques atteignent près de 19,8 millions de visiteurs en 2025, en hausse de 13,7%, tandis que la consommation d'électricité progresse de près de 17%, reflet d'une activité économique soutenue. À l'inverse, les ventes de ciment accusent un net repli en janvier 2026, signalant un essoufflement temporaire de l'investissement dans la construction. Une bourse en phase de normalisation Dans ce contexte macroéconomique contrasté, la Bourse de Casablanca entame l'année 2026 sur une note plus hésitante. Le MASI recule de 0,95% en janvier, à 18.666 points, tandis que le MASI 20 abandonne 2,85%, pénalisé par la contre-performance des grandes capitalisations. Pour BKGR, cette évolution reflète moins une remise en cause des fondamentaux qu'un ajustement technique après une période de valorisations élevées. Plusieurs facteurs expliquent cette consolidation. L'absence de nouveaux apports de liquidité exceptionnels observés un an plus tôt, les rachats opérés par les OPCVM sur les blue chips, ainsi qu'un arbitrage en faveur des valeurs minières, dont l'indice sectoriel affiche une progression spectaculaire. À cela s'ajoute la remontée des rendements obligataires à court terme, incitant une partie des investisseurs à renforcer le portage obligataire au détriment des actions. Marché des taux, une tension maîtrisée Le marché obligataire a, de son côté, été marqué par des levées du Trésor supérieures aux besoins annoncés, concentrées sur la maturité 2 ans. Cette configuration a entraîné une hausse des rendements sur le segment court de la courbe, dans un contexte de liquidité bancaire plus contrainte. BKGR y voit l'expression d'un ajustement graduel des anticipations, plutôt qu'un signal de durcissement brutal des conditions financières. Au total, la lecture stratégique de BKGR met en avant un scénario central cohérent : une croissance soutenue, une inflation maîtrisée et un marché financier engagé dans une phase de normalisation saine. Les risques identifiés demeurent principalement exogènes, liés aux aléas climatiques et aux tensions géoéconomiques. Quant aux opportunités, elles restent nombreuses, notamment autour des grands projets structurants et de la reprise progressive de l'investissement. Dans ce cadre, la phase actuelle apparaît moins comme un retournement que comme un temps d'ajustement, préalable à une reprise plus sélective des marchés, à mesure que la visibilité macroéconomique se consolide.